Jobs, un amoureux de l’art des artisans japonais
Il serait erroné de croire que les rapports de Steve Jobs avec le Japon se limitaient à des relations professionnelles. Il s’intéressait aussi à notre art de vivre et et à notre esthétique. L’iMac blanc (le modèle Blanche-Neige) lancé en 2000 aurait été conçu pour s’harmoniser avec les tatamis de la pièce japonaise de la maison de Larry Ellison, le fondateur d’Oracle, dont il était un ami proche.
Jobs était un homme difficile à satisfaire – il aurait mis sept ans à discuter du nouveau canapé qu’il allait acheter, et plusieurs mois à parler avec sa famille chaque soir au dîner de la machine à laver dont ils comptaient s’équiper – et il avait un grand respect pour l’art des artisans japonais.
Le nom d’Issey Miyake a été mentionné plus haut. Steve Jobs l’avait rencontré grâce à Morita Akio, et les deux hommes se sont revus à plusieurs reprises. Il lui avait acheté plusieurs centaines d’exemplaires d’un vêtement qu’il destinait à son usage personnel, et le premier cadeau qu’il avait fait à sa sœur biologique, retrouvée après de longues recherches, était un vêtement Issey Miyake.
Le céramiste Sekinaga Yukio, un spécialiste de l’Etchu-setoyaki, était aussi un de ses bons amis. Quand il avait découvert son travail dans une galerie de Kyoto, ville qu’il aimait, il y était revenu trois jours de suite, achetant de nombreuses œuvres. Il avait continué à en acquérir, en communiquant avec l’artiste par téléphone ou par télécopie.
Il se rendait souvent à Kyoto, où il descendait dans une auberge japonaise, Tawaraya.
Il y est venu plusieurs après le début de sa maladie, pour de se promener dans les temples avec ses enfants. Il avait une affection particulière pour le temple Saihô-ji, plus connu sous le nom de Koke-dera, un temple de l’école zen Rinzai.
Steve Jobs, un amateur de cuisine japonaise
Il aimait les soba (pâtes de sarrasin) et les sushis. Lui qui avait été un adepte du fruitarianisme (régime alimentaire basé exclusivement sur les fruits) était ensuite devenu un végétarien strict, ne faisant d’exception que pour la cuisine japonaise.
Amoureux des soba, il avait envoyé des cuisiniers du Café Mac, le restaurant d’entreprise d’Apple, en stage à l’académie du soba, qui se trouve à Tsukiji (Tokyo) et il avait créé un plat original à base de pâtes de sarrasin, le sashimi-soba.
Dans la Silicon Valley, il fréquentait le restaurant de sushi Jinsho, ainsi que le restaurant Kaygetsu, où l’on sert des sushis et de la cuisine kaiseki. Bien qu’il fût un homme secret, Steve Jobs y allait aussi pour parler travail en y apportant des prototypes. C’est dans ces deux restaurants qu’il a organisé des dîners d’adieux avec ses employés quand il a su que sa maladie était sans rémission.
Steve Jobs allait parfois à Kaygetsu, un restaurant qui n’accepte pas les réservations et traite tous ses clients de la même façon, commander des sushis qu’il rapportait chez lui. Ses poissons préférés étaient le thon gras, le saumon, le thon à queue jaune, la truite de mer, la daurade, le maquereau, et le congre japonais.
Un jour qu’il y mangeait avec sa fille, il aurait commandé dix sushis de congre japonais. Mais lorsqu’il est allé chez Jinsho en juillet 2011, déjà très malade, il n’a pas pu ingérer les huit sushis qu’il avait commandés. Il a alors demandé un plat de pâtes de froment, qu’il ne réussit pas non plus à avaler. Il dut se satisfaire de regarder ces mets qu’ils aimaient.
Steve Jobs nous a hélas quittés le 5 octobre 2011, deux jours avant la fermeture définitive de Kaygetsu. Les répercussions du Grand tremblement de terre de l’Est du Japon sont à l’origine de cette décision, et les propriétaires ont eu du mal à trouver un acheteur. Mais l’avenir de Sakuma Toshio, le gérant et cuisinier était assuré : Steve Jobs l’avait embauché. Il travaille désormais pour le restaurant d’entreprise d’Apple, où il offre au personnel la possibilité d’apprécier les mets qu’aimait son bienfaiteur qui n’est plus de ce monde. J’y vois là une attention représentative de l’amour de Steve Jobs pour la cuisine japonaise, et de l’affection qu’il avait pour ses employés.