Contamination et Cannibalisme

La plupart des experts sont d’accord pour dire que deux des plus gros obstacles qui se dressent devant les filiales low-cost de compagnies aériennes traditionnelles sont la contamination et le cannibalisme.

Le chef de la direction de Peach Aviation, Inoue Shin’ichi, en uniforme de pilote, lors du baptême de sa nouvelle compagnie low-cost, basée à l’Aéroport International du Kansai. Inoue était précédemment cadre de ANA, qui a lancé cette filiale low-cost (mai 2011) (photo : Sankei Shimbun)

La contamination se produit quand la société mère influe de façon trop importante sur le management de sa filiale. Sans une véritable indépendance vis-à-vis de la société mère, une compagnie à bas prix perdra très certainement ses qualités essentielles que sont la flexibilité, l’agilité et la capacité d’innovation. Les observateurs du secteurs pensent que le seul moyen d’assurer cette indépendance est de créer un environnement de travail totalement séparé de celui de la maison mère, de façon à ce que les employés de la filiale aient à peine conscience de la relation entre les deux compagnies. De ce point de vue, Peach Aviation a encore un long chemin à faire.

Parallèlement, il y a cannibalisme quand deux compagnies échouent à différencier leurs marchés, et commencent à se concurrencer sur les mêmes routes, endommageant mutuellement leurs ventes. Dans le pire des cas, cela peut résulter dans l’effondrement des deux compagnies. Sur les cinq lignes pour lesquels AirAsia Japan a fait une demande, quatre font doublon avec des lignes du réseau ANA (vols Narita-Sapporo / Fukuoka / Naha / Séoul). Jetstar a déclaré que des consultations sont actuellement menées pour éviter le cannibalisme au seins des deux compagnies du groupe, mais plus le groupe s’élargit, plus ce type d’équilibre est difficile à garder.

Un autre défi majeur sera de différencier clairement la marque discount service minimum d’avec celle à service complet de la compagnie mère. Cela sous-entend de construire une culture d’entreprise dévouée au concept low-cost, et on se demande si cela même est possible sur le marché japonais. Les compagnies japonaises sont très orientées vers la qualité du service, et les employés japonais mettent un point d’honneur à anticiper et dépasser leurs obligations pour satisfaire leurs clients. Le danger étant que cet état d’esprit entrera nécessairement en conflit avec le concept du bas-prix qui vise à couper les coûts en supprimant les fioritures accessoires.

Risques accrus pour les voyageurs

On peut également se demander si les voyageurs japonais sont disposés à accepter les risques supplémentaires associés aux pratiques des compagnies à bas prix. L’un de ses risques étant la fermeture des lignes. Les compagnies low-cost sont en effet susceptibles de prendre des décisions rapides basées sur la profitabilité et n’hésiteront pas à abandonner une ligne qui s’avérerait non profitable. Certes, JAL et ANA sont d’ores et déjà devenues plus rapides à couper des lignes qui génèrent des pertes. Plus rapide que par le passé, en tout état de cause, quand elles maintenaient artificiellement ouvertes des lignes locales ouvertes pour complaire aux injonctions du Parti Libéral Démocrate. Mais même encore aujourd’hui, les grandes compagnies aériennes sont plus dépendantes des politiques de ce point de vue que les compagnies low-cost.

Peut-être plus grave pour les voyageurs japonais est la tendance des transporteurs aériens à bas prix à diminuer les coûts en annulant les vols dont les taux de remplissage sont insuffisants. Pour les consommateurs européens qui jouissent de longues vacances, un délai d’un jour ou deux ne fait pas une grande différence. Mais pour les familles japonaises qui calculent le temps au plus juste pour profiter au maximum de vacances d’une semaine, chaque heure compte. Dans ces conditions, un vol annulé peut mettre en péril tout un voyage. Si la pratique des annulations de vol à la dernière minute est appliquée, les voyageurs japonais commenceront à s’éloigner des compagnies low-cost.