Un virage à droite ?

——À peu près à la même époque que la visite effectuée aux États-Unis par le premier ministre Abe en février dernier, des voix se sont élevées aux États-Unis pour s’inquiéter de sa conception révisionniste de l’histoire du Japon et du virage à droite que ce pays menace d’opérer. Dans un rapport publié en mai par le US Congressional Research Service (Service de recherche du Congrès des États-Unis), M. Abe apparaît comme un « nationaliste fort ». Ces inquiétudes semblent être un peu retombées, mais elles n’ont pas complètement disparu.

YACHI  On a beaucoup parlé des tendances prétendument droitières du premier ministre Abe, et pas seulement aux États-Unis. Mais c’est un malentendu qu’il convient de dissiper. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’orientation politique globale du Japon a toujours été libérale et de gauche au regard des normes internationales, et le gouvernement Abe est tout simplement en train d’essayer de ramener la barre un peu plus au centre. Si l’exercice du droit à la légitime défense collective et l’établissement d’un conseil national de sécurité constituent un virage à droite, alors il y a longtemps que les États-Unis l’ont opéré. Et que dire de la Corée du Sud ? Politiquement parlant, ce discours sur les objectifs du gouvernement relève d’une forme de polarisation.

——Mais la population japonaise ne s’est pas encore forgé une vision globale de la destination prise par le pays en termes de politique de sécurité. Quelle vision le cabinet Abe propose-t-il en ce qui concerne la sécurité du Japon ?

YACHI  C’est précisément la tâche à laquelle le gouvernement est en train de s’atteler. Outre la mise en place d’un conseil national de sécurité, il a l’intention d’élaborer une stratégie diplomatique et sécuritaire nationale formulée en des termes que la population puisse comprendre. Il est probable que ce projet se focalise en partie sur la rédaction d’une nouvelle éditions des Principes directeurs du Programme de défense nationale. L’idée est d’ébaucher un canevas pour la politique étrangère et la politique de défense de la nation adapté à la situation actuelle.

——Pour revenir à la controverse à propos de la base de Futenma, vous dites que le gouvernement a demandé au gouverneur d’Okinawa une autorisation de remblayage, mais l’opposition locale continue de créer de formidables obstacles à la relocalisation. Il semble que le cabinet Abe soit encore là pour un certain temps, mais en aura-t-il suffisamment pour apporter une vraie solution à ce problème ?

YACHI  Je pense que cela dépendra en partie de la décision du gouverneur. Honnêtement parlant, au point où nous en sommes, il n’existe aucune bonne solution en dehors de Henoko. Si le gouverneur refuse l’autorisation, est-ce qu’on se contente de renoncer à la relocalisation de la base ? Je ne peux pas l’envisager. C’est sur M. Abe que tout cela repose, mais au point où nous en sommes, nous espérons tout simplement que le gouverneur va donner son feu vert.