L’Europe, l’Afrique et au-delà

——Qu’en est-il de l’Europe, qui semble se remettre de la crise de la dette de ces dernières années ? Le discours du premier ministre à la City de Londres, dans lequel il s’est fait l’avocat des « Abenomics » après le Sommet du G8 qui s’est tenu en Irlande du Nord, a été très apprécié. Le gouvernement a-t-il de grands projets d’avenir pour sa diplomatie européenne ?

YACHI  Après la seconde guerre mondiale, le Japon et les pays d’Europe de l’Ouest étaient liés par des liens naturels en tant que nations démocratiques membres du bloc non communiste. Et le Japon éprouve un grand respect pour l’Europe en tant que berceau de la démocratie. Mais à mesure que la position de l’Europe sur l’échiquier mondial change, je pense que nous devons nous efforcer de mettre en place une relation tout aussi proche mais davantage tournée vers l’avenir. Les Européens placent beaucoup d’espoir dans la capacité des Abenomics à redonner vie à l’économie moribonde du Japon. Le moment est venu de cultiver des liens plus profonds, tant sur le plan économique que politique.

En juin, la ville de Yokohama a hébergé la cinquième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique [TICAD V], durant laquelle le premier ministre Abe s’est entretenu avec les dirigeants de trente-neuf pays africains. L’influence européenne est très forte en Afrique et je pense que les Européens apprécieraient que le Japon s’implique davantage dans le développement économique de cette région. Le Japon devrait coopérer de plus près avec l’Europe pour aider l’Afrique à réaliser son grand potentiel.

——Et l’Amérique latine ?

YACHI  Les pays d’Amérique latine sont très importants pour le Japon. Le Mexique, le Pérou et le Chili sont parties prenantes dans le processus du TPP. Mais le gouvernement Abe doit encore préciser la place qu’il accorde à sa diplomatie latino-américaine au sein de sa politique étrangère fondée sur une « vision aérienne du monde ». Mettre le Japon en position de s’engager plus activement dans la région va désormais constituer l’un des points clefs du programme diplomatique du gouvernement.

Les voyages diplomatiques de M. Abe (janvier-juin 2013)

Date Pays Résultats
Du 16 au 19 janvier Viêt-Nam, Thaïlande, Indonésie Dans ses « cinq nouveaux principes pour la diplomatie japonaise », M. Abe se déclare déterminé à renforcer les relations du Japon avec l’Asie du Sud-Est.
Du 21au 24 février Etats-Unis Les dirigeants réaffirment leur engagement en faveur de l’alliance nippo-américaine et annoncent la publication d’une déclaration commune sur les négociations du TPP.
Du 30 au 31 mars Mongolie Les dirigeants du Japon et de la Mongolie annoncent un « partenariat stratégique » entre les deux pays.
Du 28 avril au 4 mai

Russie

Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Turquie

Première visite officielle d’un premier ministre japonais en dix ans. MM. Abe et Poutine publient une déclaration commune sur le développement du partenariat bilatéral.
Agreement reached to build stronger ties on multiple levels (energy, economic cooperation, security, culture, people-to-people, etc.) between Japan and the three Middle Eastern nations.
Du 24 au 26 mai Myanmar Première visite officielle d’un premier ministre japonais en trente-six ans. Accord conclu sur l’aide économique et le renforcement des relations bilatérales.
Du 15 au 20 juin

Pologne

Grande-Bretagne, Irelande

Accord conclu pour un « partenariat fondé sur des valeurs commune pour le XXIe siècle » lors de la réunion commémorant le 10e anniversaire de la coopération V4 (pays du groupe de Visegrad : Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) + Japon.
Le premier ministre plaide pour les Abenomics au Sommet du G8 en Irlande du Nord

(L'interview a été effectuée en japonais le 27 juin 2013 par Harano Jôji, directeur représentatif de la fondation Nippon Communications. Photographies de Hanai Tomoko.)