L’opinion japonaise plus favorable à la déclaration

Contrairement à l’idée, exprimée à l’étranger, que le rapport d’enquête risquait de renforcer la position des « négationnistes » japonais, à Tokyo il a eu l’effet inattendu de faire progresser le soutien à la déclaration de Kôno, tant parmi ses détracteurs que parmi les sceptiques. La procédure de réexamen a montré qu’il n’entrait pas dans le propos de la déclaration de suggérer que des femmes avaient été physiquement contraintes à l’esclavage (autrement dit attrapées par la peau du cou et entassées dans des camions). Il a aussi établi que les représentants coréens ayant accepté de donner leurs points de vue étaient de consciencieux diplomates qui s’étaient contentés de faire leur travail. Outre cela, la formulation finale du texte a entièrement reposé entre les mains de ses rédacteurs japonais, lesquels n’ont jamais eu l’impression que la contribution des Coréens avait altéré le moindrement l’essence du rapport.

Kôno Yohei lui-même a immédiatement publié une déclaration corroborant les conclusions du rapport, déclaration dans laquelle il disait qu’il n’y avait rien pour lui à « ajouter ou retirer » et que tout dans le rapport était exact. C’est ainsi que le réexamen a permis à la déclaration de Kôno de connaître une seconde vie.

Le démenti du quotidien Asahi

Le débat sur les femmes de réconfort a connu un nouveau rebondissement avec la parution dans le Asahi Shimbun du 5 août d’une quadruple page dans laquelle la rédaction du quotidien annonçait qu’elle en était arrivée à la conclusion que le témoignage de 1982 dans lequel Yoshida Seiji déclarait qu’il avait contraint des femmes à se prostituer sur l’île de Jeju était une pure fiction, en conséquence de quoi elle désavouait les articles auxquels ce témoignage avait donné lieu.

Le témoignage de Yoshida, source principale du débat sur les femmes de réconfort, a contribué à forger l’image des chasses aux femmes auxquelles se seraient livrés les soldats japonais, telles qu’elles sont décrites dans l’ouvrage Sensô sekinin (Responsabilité de guerre, 1985) de Ienaga Saburô, dans le Rapport Coomaraswamy publié en 1996 par la Commission des droits de l’homme des Nations unies et dans la Résolution 121 prise en 2007 par la Chambre des représentants des États-Unis.

Le rejet du témoignage de Yoshida par le Asahi a incité Takaichi Sanae, alors présidente du Conseil de recherche politique du Parti libéral-démocrate, à demander à M. Suga de publier une nouvelle déclaration sur les femmes de réconfort, demande à laquelle le secrétaire en chef du cabinet a refusé d’accéder.