Un changement de politique vis-à-vis de l’énergie solaire

En juin 2014, deux ans après la mise en place du système des tarifs de rachat subventionnés, le ministère de l’ Économie, du commerce et de l’industrie a créé une Sous-Commission des énergies nouvelles renouvelables placée sous le contrôle de la Commission pour l’efficience énergétique et les énergies renouvelables qui fait office de conseil consultatif pour les ressources naturelles et l’énergie. La nouvelle sous-commission a été chargée de reconsidérer le système en place. Lors de sa sixième réunion, le 5 novembre 2014, les fonctionnaires de son secrétariat ont présenté un rapport où l’on pouvait lire, entre autres, ce qui suit :
« Les diverses sortes d’énergies renouvelables ont chacune des caractéristiques très différentes. Au moment où l’on envisage l’expansion de ce type d’énergie, ne faudrait-il pas prendre en compte ces différences ?
Pour tirer le meilleur parti des énergies renouvelables, il est nécessaire de savoir quelle quantité d’électricité (en kilowatt-heure) chacune est capable de produire. Mais ne faudrait-il pas aussi s’assurer que leur exploitation est hautement rentable ? Et dans ce cas, ne faudrait-il pas adopter les énergies renouvelables d’une façon rationnelle en tenant compte des spécificités de chacune, par exemple, en privilégiant les sources d’énergie qui produisent plus d’électricité (en kilowatt-heures) tout en ayant une puissance inférieure (en kilowatts) ? »

Dans le langage alambiqué des fonctionnaires du gouvernement japonais, la formule interro-négative « Ne faudrait-il pas », répétée à diverses reprises, doit être interprétée comme une affirmation, c’est-à-dire « Il faut que... ». Le rapport du 5 novembre contenait par ailleurs les données suivantes concernant l’électricité produite (en millions de kilowatt-heures) par unité de puissance (en kilowatts) par diverses sortes d’énergies renouvelables pendant une année. Énergie solaire : 11 millions de kWh/kW. Energie éolienne : 18 millions de kWh/kW. Energie géothermique : 70 millions de kWh/kW. Energie hydroélectrique de petite et moyenne puissance : 53 millions de kWh/kW. Biomasse : 70 millions de kWh/kW. Si les énergies géothermique, hydroélectrique de petite et moyenne puissance et de biomasse étaient décrites comme des sources « stables », le soleil et le vent étaient considérés comme beaucoup moins fiables. En raison de son rendement faible et variable, l’énergie solaire risque donc d’être jugée sévèrement par la Sous-Commission sur les énergies nouvelles renouvelables, quand celle-ci donnera ses conclusions sur le système des tarifs de rachat subventionnés.

Un blocage malencontreux

Alors même que la Sous-Commision sur les énergies nouvelles renouvelables est encore en train de délibérer, un nouveau problème se pose. Depuis quelques temps, les entreprises qui ont l’intention de construire des méga centrales solaires ou ont déjà commencé à le faire, multiplient les demandes de raccordement auprès des monopoles régionaux d’électricité d’Hokkaidô, du Tôhoku, de Shikoku, de Kyûshû et d’Okinawa. Mais, pour éviter de semer la pagaille dans la gestion de l’approvisionnement en électricité, ceux-ci ont décidé de geler temporairement les nouvelles demandes de raccordement provenant d’opérateurs qui produisent de l’électricité avec des énergies renouvelables.

Ce que voyant, la Sous-Commission sur les énergies nouvelles renouvelables s’est hâtée de créer un Groupe de travail sur les systèmes, lors de sa quatrième réunion du 30 septembre 2014. Cependant, quelles que soient les conclusions auxquelles arrivera ce nouveau groupe, il est évident que l’allongement du délai de raccordement au réseau des nouvelles installations pourrait compromettre l’avenir de l’énergie solaire dans le système des tarifs de rachat subventionnés.

Laisser jouer les mécanismes du marché

Il ne faut pas oublier que le système des tarifs de rachat subventionnés n’est pas une panacée, même s’il a donné un coup de pouce à l’énergie solaire. Dans le numéro d’octobre 2014 de la revue spécialisée dans l’industrie solaire PVeye, il y a un article dont je suis l’auteur intitulé « Le recours aux tarifs de rachat subventionnés s’oppose complètement à l’avènement de l’ère des énergies renouvelables ». Voici, entre autres, ce qu’on peut y lire.

« Les tarifs de rachat subventionnés ont indéniablement marqué le coup d’envoi de l’énergie solaire. Mais au bout du compte, celle-ci ne pourra pas être considérée comme une énergie vraiment renouvelable tant qu’elle n’aura pas fait ses preuves dans un environnement soumis aux mécanismes du marché. Si nous voulons continuer à utiliser l’énergie solaire à l’avenir, nous devons admettre que pour qu’elle soit viable à long terme, il ne faut pas qu’elle constitue un poids pour la population. »

J’ai abondé dans le même sens dans un article du numéro de novembre de la revue Solar Journal intitulé « L’avenir des énergies renouvelables au Japon ». J’ai aussi donné un aperçu de la situation énergétique du Japon en 2030. D’après mes prévisions, les énergies renouvelables, y compris d’origine hydroélectrique, constitueront alors 30 % de l’énergie consommée au Japon.

Cela ne veut pas dire pour autant que je suis opposé aux tarifs de rachat subventionnés. Mais je pense que ce système ne peut pas se suffire à lui-même et qu’on doit envisager ce qui viendra après. Il ne faut surtout pas oublier le principe fondamental qui veut que, pour que l’énergie solaire soit une réussite, elle doit se développer en laissant jouer les mécanismes du marché.