Les problèmes spécifiques du réseau d’acheminement de l’électricité japonais

Nous essayons de promouvoir les énergies renouvelables en nous focalisant sur la politique des tarifs de rachat subventionnés qui est actuellement en vigueur en Allemagne et en Espagne. Mais il existe bien d’autres modèles que nous aurions tout intérêt à observer, par exemple ceux de l’Australie, de la Chine, des États-Unis et des pays scandinaves qui ont tous, sur une partie de leur territoire, réussi à développer l’emploi des énergies solaire et éolienne en faisant jouer les mécanismes du marché. On notera que tous les pays où ce système a fonctionné ont des réseaux d’acheminement de l’électricité régionaux bien développés.

Pour que les énergies renouvelables y compris l’énergie solaire se développent avec succès dans l’Archipel, le Japon doit non seulement résoudre les problèmes posés par les tarifs de rachat subventionnés mais aussi remédier aux défauts de son réseau d’acheminement de l’électricité. Voyons maintenant comment il doit s’y prendre pour y parvenir.

Recycler les installations électriques des centrales nucléaires hors service

En premier lieu, il convient de vérifier s’il y a effectivement un déficit en matière de capacité de transmission de l’électricité. Il faut commencer par considérer le cas des installations de transport et de transformation utilisées par les centrales nucléaires. En vertu de la révision de la Loi sur la réglementation des réacteurs nucléaires effectuée en 2012, les centrales nucléaires ne doivent pas rester actives plus de 40 ans. Si ce principe directeur est respecté, 30 des 48 centrales existant actuellement devraient arrêter de fonctionner d’ici décembre 2030. La compagnie d’électricité de Kyûshû devrait, quant à elle, fermer le premier et le second réacteurs – mis en service respectivement en 1975 et 1981 – de la centrale de Genkai, dans la préfecture de Saga, dans un avenir très proche, bien qu’aucune date n’ait encore été vraiment fixée à ce sujet. Outre les installations électriques des centrales qui annonceront leur mise hors service dans les années à venir, il y a aussi celles qui servaient pour les six réacteurs de la tristement célèbre centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Recycler des équipements qui ne serviront bientôt plus à rien devrait contribuer au développement des énergies renouvelables dans l’Archipel.

Augmenter le nombre des câbles de transmission

En second lieu, il faudrait installer davantage de câbles de transmission. À en croire certains, personne ne se lance dans ce genre de travaux, parce qu’ils ne sont pas assez lucratifs. Mais on est en droit de se demander si c’est vraiment le cas. Au Japon, il existe une forte demande non seulement pour une production décentralisée (des installations locales de petite capacité qui permettent de produire et de conserver de l’énergie là où c’est nécessaire) mais aussi pour une meilleure intégration supra-régionale entre les compagnies d’électricité. Dans ces conditions, le manque de câbles de transmission constitue un goulet d’étranglement. Et quand il y a blocage, ceux qui trouvent une solution font des profits considérables. Les profits générés par l’installation des câbles de transmission ne sont pas élevés en termes de taux de rendement mais ils sont assurément constants et stables. Quand on envisage d’installer de nouveaux câbles de transmission, il faut non seulement créer un système qui permette aux marchés financiers d’évaluer les éventuels profits qu’ils pourront en tirer mais aussi s’assurer du soutien des communautés où ces installations sont nécessaires. Il faut aussi obtenir l’appui des pouvoirs publics pour investir dans ce genre de chantier. N’oublions pas non plus que les compagnies d’électricité peuvent très bien augmenter la puissance de leur réseau en améliorant les performances des installations déjà existantes.

Recourir davantage à la production locale

En troisième lieu, il faut trouver des solutions pour éviter le transport de l’électricité sur de longues distances. Pour diminuer la pression qui pèse sur le réseau de transport, il suffit de multiplier à l’échelon national le nombre des « communautés intelligentes » qui produisent et consomment leur propre électricité. Une autre solution qui va dans le même sens consiste à augmenter la capacité de stockage des installations qui produisent de l’électricité à partir d’énergies renouvelables et des stations de transformation qui les raccordent au réseau. Sur le lieu de production, on peut utiliser les surplus d’électricité pour électrolyser de l’eau afin de pouvoir transporter de l’énergie là où on en a besoin sous forme d’hydrogène. C’est ce qu’envisage l’entreprise Chiyoda Corporation avec son Spera Hydrogen System, « l’hydrogène de l’espoir », spera venant du mot latin pour espoir. Chiyoda Corporation prévoit de transporter de l’hydrogène liquéfié à température et pression ambiantes, en toute sécurité, en le mélangeant avec du toluène. C’est bien la preuve qu’il existe des moyens d’utiliser des énergies renouvelables sans passer par l’installation massive de câbles de transmission.

Il va falloir beaucoup de temps pour mettre en œuvre une partie des solutions que je viens de proposer pour résoudre les problèmes du Japon en matière de transmission de l’électricité. Mais dans certains cas, les choses devraient aller beaucoup plus vite. Pour que le Japon utilise pleinement les énergies renouvelables, il doit adopter en même temps des mesures à long et à court terme et surmonter les problèmes de transmission de l’électricité en faisant jouer les mécanismes du marché.

(D’après un texte en japonais du 1er décembre 2014. Photo de titre : les panneaux solaires d’une installation fonctionnant avec l’énergie solaire. Jiji Press)