L’accueil des immigrants au Japon varie selon leurs origines
À la fin de l’année 2014, le Japon comptait 2 121 831 résidents étrangers. Leur nombre a augmenté d’un peu moins de 3 % en un an. Le Japon n’a pas de politique migratoire et il a comblé ses besoins de main-d’œuvre étrangère avec des mesures ad hoc. C’est pour cette raison que le statut des étrangers installés au Japon varie selon leurs origines.
Les personnes d’origine japonaise, venant notamment de pays d’Amérique du Sud, ont souvent le statut de résident permanent dont peuvent bénéficier les enfants et petits-enfants d’un ressortissant japonais, ainsi que leur conjoint. Comme ce statut leur permet d’exercer n’importe quelle profession, ils peuvent travailler en usine par l’intermédiaire des agences d’intérim. Il y a eu jusqu’à 310 000 Brésiliens installés au Japon, mais depuis la crise monétaire de 2008, leur nombre baisse, et ils ne sont plus qu’environ 175 000 aujourd’hui. Les Chinois, eux, ont des statuts divers, conjoints de citoyens japonais, étudiants, ou encore stagiaires techniques. Les Vietnamiens ont souvent le statut de réfugiés ou de stagiaires techniques.
Formellement, le statut de stagiaire technique est un dispositif conçu pour contribuer à l’aide au développement en permettant aux jeunes de pays en développement d’étudier la technologie avancée du Japon. Mais le Japon, qui ne cache pas le fait qu’aucune politique migratoire n’a été adoptée, s’en sert en réalité pour faire venir des travailleurs manuels. Cette pratique est vivement critiquée au Japon comme à l’étranger parce qu’elle constitue un vivier de travail illégal. Actuellement, le gouvernement tente d’élargir ce système en prolongeant les durées de séjour, ou encore en autorisant les « stagiaires » à quitter le Japon et à y revenir, dans le but de disposer de la main-d’œuvre indispensable à la construction des infrastructures pour les Jeux olympiques de 2020. Une fois encore, il ne s’agit pas d’une politique migratoire.
Quelque 80 % des Philippins installés au Japon sont des femmes. Autrefois, elles avaient pour la plupart des visas d’artistes professionnelles, mais aujourd’hui, le statut le plus fréquent chez elles est celui de conjoints de citoyens japonais. Comme la qualité de leur vie dépend des relations qu’elles ont avec leur époux dans leur foyer, il est difficile d’appréhender la situation de l’extérieur. Il y a bien sûr des couples qui vivent en bonne entente et s’occupent bien de leurs enfants. Mais une fois que leurs relations conjugales ne tiennent plus, il n'est pas rare que les épouses aient du mal à bénéficier des aides qui existent du fait qu'elles ont des problèmes de langue.
Lorsque j’ai commencé à enquêter sur les résidents étrangers au Japon en 2004, les mesures gouvernementales les concernant étaient quasiment inexistantes. Il y avait de grandes différences selon le lieu de séjour. Parfois les autorités locales, confrontées à de réels besoins, avaient mis en place des programmes d’aide. Par la suite, le nombre de collectivités locales cherchant à favoriser le multiculturalisme a progressé, et elles ont pris des mesures répondant aux besoins de ces nouveaux habitants : garantie de scolarisation pour les enfants d’âge scolaire, services de conseils aux étrangers, cours de japonais langue étrangère, mise à disposition d’interprètes pour les rendez-vous médicaux, ou encore aménagements de l’environnement éducatif accordant plus d’attention aux différences culturelles et linguistiques.
Mais il n’y a toujours pas de coordination au niveau national. Grandes sont les différences entre les régions en matière de soutien à l’apprentissage du japonais des enfants d’âge scolaire.