Une détermination inébranlable
En 2012, Foxconn a donné son accord pour une éventuelle fusion financière et commerciale avec Sharp, mais n’a jamais mené le projet à terme, sous prétexte que les actions de l’entreprise japonaise avaient chuté. L’alliance n’a pas eu lieu, mais cet échec a tout de même produit un résultat, puisque la société d’investissement de M. Gou a racheté une part de l’usine d’affichages à cristaux liquides que Sharp détenait à Sakai, dans le département d’Osaka, après quoi Foxconn et Sharp ont exploité conjointement cette installation, qui était responsable des déboires financiers de Sharp.
M. Gou n’a pas pour autant renoncé à faire l’acquisition de Sharp. Bien déterminé à ne pas laisser passer une seconde opportunité d’ajouter cette marque au groupe Foxconn, il avança une offre d’achat surpassant celle de l’INCJ et fit ensuite la tournée du ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie et des bureaux d’autres actionnaires pour expliquer sa proposition en détails. Sa détermination s’est avérée payante puisque, le 25 février, le conseil d’administration de Sharp a voté l’acceptation de l’offre de Foxconn.
Mais le jour même, alors que la transaction semblait acquise, Foxconn annonça qu’elle la remettait à plus tard, le temps d’examiner une liste d’éléments de passif éventuels s’élevant à 350 milliards de yens apparue la veille. Foxconn, qui ne voulait pas s’encombrer de dettes potentielles, revint à la table des négociations avec un projet remanié.
Au bout du compte, Foxconn a ramené son offre d’achat de Sharp à 388,8 milliards de yen, soit 100 milliards de moins que l’offre initiale, et ajouté des conditions incluant l’option d’acheter l’activité affichages à cristaux liquides de Sharp au cas où le fabricant échouerait à appliquer les attributions d’actions au tiers investisseur. Les négociations ne tenaient plus qu’à un fil, mais les deux parties sont parvenues à un accord et ont signé la transaction le 2 avril.
Le chemin qui reste à parcourir s’annonce périlleux
Vus de l’extérieur, Sharp et ses prêteurs semblent avoir été à la merci de Foxconn. Mais en réalité il n’y avait pas d’autre option à partir du moment où l’INCJ n’était plus dans la course.
Foxconn est conscient des risques inhérents au rachat de Sharp. Lors d’une conférence de presse consécutive à la signature de la transaction, M. Gou s’est dispensé d’entrer dans les détails sur la façon dont il entend s’y prendre pour la restructuration de Sharp, mais il a déclaré d’un air sombre : « J’ai un plan précis dans mon cœur. » Assis à côté de M. Takahashi, M. Gou a donné l’impression de choisir soigneusement ses mots tout au long de la conférence. Soucieux des différences de culture d’entreprise, il a insisté sur le fait qu’« il ne s’agit pas d’une acquisition mais d’un investissement » et affirmé que Foxconn et Sharp conserveraient l’un comme l’autre leur identité propre à mesure de leur évolution.
Sharp a l’intention de consacrer 200 milliards de yens provenant de sa transaction avec Foxconn au développement et à la commercialisation de sa technologie d’affichage par électroluminescence organique. M. Gou a dit tout le bien qu’il pensait de la technologie IGZO mise au point par l’entreprise pour fabriquer des écrans à cristaux liquides de haute définition, ultrafins et économes en énergie, à base d’indium, de galium et d’oxyde de zinc, et il a exprimé son intention de maintenir les affichages au cœur des activités de Sharp. Mais cet objectif ne pourra être atteint qu’en surpassant Samsung et d’autres fabricants à l’avant-garde de la technologie de l’affichage par électroluminescence organique, ce qui ne sera pas une tâche aisée. Foxconn ne doit pas non plus s’attendre à naviguer en eaux calmes, compte tenu de l’incertitude économique et de la hausse des salaires en Chine, où sont implantées le plus gros de ses installations de production, avec tous les risques qui en découlent.
Tout bien considéré, rien ne garantit que Foxconn va réussir à remettre Sharp en selle. Mais vu que M. Gou accepte le risque, c’est maintenant de son sens des affaires que dépend la transformation de cette transaction en réussite exemplaire.
(Photo de titre : le président de Foxconn Terry Gou, au centre, le vice- président de Foxconn Tai Jengwu, à gauche, et le président de Sharp Takahashi Kôzô lors d’une conférence de presse consécutive à la signature de l’accord de reprise à Sakai, Osaka, le 2 avril 2016. Jiji Press)
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