La restauration de Meiji et la création du système de l’ie
Le Japon moderne commence avec la restauration de Meiji. C’est à cette période que s’est élaborée une forme de famille adaptée à celui-ci, et que la façon de vivre de la famille impériale a été mise en avant. L’empereur Meiji, qui apparaissait en public les cheveux courts et vêtu à l’occidentale, en est un exemple. On dit que l’impératrice, sa femme, n’aimait pas s’habiller à l’occidentale. La façon de vivre de l’empereur, sa manière de s’habiller, ou de se nourrir, sont devenues des modèles que les gens cherchaient imiter.
La mise en place du Code civil en 1898 a suscité de vives discussions quant à la forme des familles japonaises. Les chefs de famille avaient alors un pouvoir important, sur le modèle des familles de guerriers de l’époque d’Edo : ils décidaient de la répartition de leur patrimoine, du mariage de leurs enfants ou du divorce. Il arrivait souvent qu’ils ordonnent le divorce d’une épouse si cela servait les intérêts de leur ie. Mais il fallait introduire au Japon la civilisation moderne fondée sur la religion chrétienne de l’Occident qui interdisait notamment la polygamie autorisée dans la société japonaise jusqu’à l’époque d’Edo, et respectait rigoureusement le principe de la monogamie. Enfin, les époux japonais portaient des noms de familles différents, comme en Chine ou en Corée, contrairement à ce qui se pratiquait en Occident. Le Code civil japonais a donc dû faire des compromis, reconnaissant par exemple aux enfants des concubines le droit d’hériter, mais imposant aussi aux deux époux de porter le même nom comme en Occident.
La famille du prince héritier, modèle pour les familles de l’après-guerre
La défaite de 1945 a conduit à la perte des valeurs du Japon impérial. Les Japonais se sont alors tournés vers l’idée d’une vie de famille réussie. Il ne s’agissait pas de l’ie traditionnelle, mais de la création d’une famille heureuse, dans laquelle l’époux travaillait à l’extérieur et la femme s’occupait du foyer en se consacrant à ses enfants, comme dans les familles occidentales à l’époque. Appelons cela le modèle familial d’après-guerre. La famille du prince héritier est devenue modèle à cet égard.
Le prince héritier (l’empereur actuel) s’est marié en 1959 avec Shôda Michiko, la fille de l’ancien président de la société de minoterie Nisshin Seihun, et ils ont fondé une famille avec la naissance de leur fils Naruhito (l’actuel prince héritier) l’année suivante. C’était une famille nucléaire, du type de celui qui prédominait alors en Occident. Les mariages arrangés étaient encore majoritaires à ce moment-là (en 1957, ils représentaient 54 % du total, contre 36,2 % pour les mariages d’amour). La tendance ne s’est inversée qu’autour de 1965. On a fait grand cas à l’époque du fait que le prince héritier a rencontré celle qui allait devenir sa femme sur un court de tennis à Karuizawa, la station estivale la plus célèbre du Japon, et qu’il a ensuite épousé la femme dont il était amoureux. Les mariages d’amour sont devenus l’idéal des Japonais. L’écho accordé au mariage d’amour à celui qu’avait fait le prince héritier a encouragé les jeunes générations à l’imiter.

