Comment préserver les minshuku face à la concurrence ?

Mais il ne faudrait pas croire pour autant que la vie est toujours facile pour ceux qui louent des chambres d’hôtes. Reprenons l’exemple de Tamai Keiko, la propriétaire du « Sôsuke » de Takayama. Dans cette ville, le nombre des minshuku, des pensions (guest houses) et des petits établissements hôteliers du même genre a brusquement augmenté depuis 2015. En 2016, il est passé à 489, soit 92 de plus que l’année précédente. Le problème a été aggravé par la prolifération des minpaku, des logements loués par des particuliers à des touristes, souvent de façon illégale (voir notre article : Vers une autorisation d’hébergement de type Airbnb pour les touristes étrangers).

Certains propriétaires de minshuku se plaignent que le taux d’occupation de leurs chambres a baissé. En dépit des possibilités offertes par l’afflux grandissant de voyageurs venus de l’extérieur, plusieurs d’entre eux ont cessé leur activité sous prétexte qu’ils étaient trop âgés pour continuer, qu’ils avaient des difficultés à trouver un successeur, ou qu’ils étaient découragés à l’idée de devoir communiquer avec leurs hôtes dans des langues étrangères. Rénover ses locaux ou faire davantage de publicité peut s’avérer une stratégie efficace dans certains cas, mais quand on a un budget serré, il est bien difficile de s’engager dans des frais pour améliorer le décor ou les installations de son établissement.

Plutôt que de leur conseiller de procéder à un lifting de leur logement, il vaudrait mieux encourager les propriétaires de minshuku à changer d’état d’esprit pour faire face au problème de la concurrence. Voici ce que dit à ce sujet Kunishima Michihiro, le maire de Takayama. « Les habitants de cette ville sont nos atouts pour tirer profit du tourisme venu de l’extérieur de l’Archipel. » Autrement dit, Takayama ne devrait pas compter seulement sur son cadre pittoresque ou ses sources thermales (onsen). Il faudrait aussi que les gens qui y vivent apprennent à mieux communiquer avec les voyageurs étrangers.

À l’heure actuelle, les Japonais ont tendance à considérer les touristes venus de l’extérieur uniquement comme des consommateurs. Et ils ne donnent malheureusement pas aux conversations et aux échanges entre personnes l’importance qu’ils méritent. Or pour les minshuku de taille modeste, la seule solution pour s’en sortir, dans un marché de l’hébergement chez l’habitant envahi par de nombreux concurrents, est de privilégier la qualité des rapports humains. Quelles que soient les difficultés à s’exprimer de leurs propriétaires – réserve excessive, embarras avec les étrangers ou niveau très faible en anglais –, le sens de l’hospitalité et la chaleur humaine vis-à-vis des voyageurs dans lesquelles les minshuku excellent depuis toujours devraient contribuer à faire du Japon une véritable destination touristique internationale.

(Extrait d’un original en japonais du 4 janvier 2018. Photos : Himeda Konatsu. Photo de titre : le « Sôsuke », un minshuku de la ville de Takayama, dans la préfecture de Gifu.)