La menace des créances douteuses de la Chine
Le risque financier majeur de la Chine réside dans l’énormité du montant de ses créances douteuses. La somme des prêts consentis par ses banques s’élève à 2,36 millions de milliards de yens (143 700 milliards de yuans, total des prêts en yuans et autres devises enregistrés au bilan fin 2017). Il n’existe aucune statistique officielle pour le secteur bancaire parallèle, mais on estime qu’en l’incluant dans les calculs on arriverait au minimum à un chiffre de l’ordre de 2,9 à 3 millions de milliards de yens pour le montant total des prêts du secteur privé. Selon les données publiées par les autorités chinoises chargées de la réglementation, les créances douteuses représentent entre 1 % et 2 % du total, mais on pense que ce chiffre doit être multiplié par 10 ou plus pour obtenir le pourcentage réel mesuré précisément selon les normes d’auto-évaluation établies par l’Agence japonaise des services financiers. Au début des années 1990, les instances japonaises de réglementation bancaire estimaient officiellement les créances douteuses à 3 000 milliards de yens, mais il s’est avéré que le montant exact dépassait les 100 000 milliards… Le bon sens suggère qu’au bout du compte, le chiffre atteint par la Chine sera lui aussi dix fois supérieur au niveau actuellement annoncé.
Si l’on retient cette estimation, autrement dit un pourcentage situé entre 10 et 20 %, le montant total des créances douteuses dépasse les 350 000 milliards de yens. Ce chiffre équivaut à un peu plus du quart du PIB de la Chine, qui s’élevait à 1,33 million de milliards de yens (81 500 milliards de yuans) en 2017. En ce qui concerne le Japon, le chiffre de 100 000 milliards de yens représentait approximativement 20 % du PIB, mais il n’est pas exclu que le pourcentage soit encore plus élevé dans le cas de la Chine. Et si l’on inclut le secteur bancaire parallèle, l’impact global de la liquidation des actifs improductifs risque d’être incommensurable et de provoquer une crise du crédit qui dépasse l’imagination.
Et la Chine est confrontée à un autre casse-tête, à savoir le problème de l’endettement des collectivités locales, que le gouvernement a identifié comme une source de préoccupation en 2016. Sur les 33 provinces et autres entités administratives du premier niveau que compte le pays, on estime que 10 souffrent d’un excédent du passif. Ces dettes proviennent en grande partie des investissements en travaux d’infrastructure entrepris avec un financement des banques. Le règlement du passif des autorités locales doit être mené de pair avec l’assainissement des bilans des banques, ce qui rend le processus encore plus compliqué.
Ces deux problèmes, à savoir les créances douteuses détenues par les banques et les excédents de passif des autorités locales, constituent le plus grave défi auquel la Chine est aujourd’hui confrontée, et les tentatives en vue d’y remédier risquent d’avoir des répercussions sur les marchés financiers à l’échelle planétaire. Entre autres scénarios catastrophiques, on pourrait imaginer que les ventes chinoises de bons du trésor américain fassent grimper les taux d’intérêt et qu’une contraction du crédit en Chine provoque un resserrement financier dans le monde entier. Je pense que le feu va passer à l’orange aux alentours de l’année 2025.
(Article écrit à l’origine en japonais du 28 août 2018. Photos : Nippon.com)