Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié le nouveau coronavirus (Covid-19) de pandémie. Pourquoi la Chine n’a-t-elle pas pu gérer la propagation du virus à son stade initial ? Et comment a-t-elle plus l’endiguer par la suite ? L’ancien ambassadeur japonais en Chine Miyamoto Yûji propose une analyse des particularités du système politique chinois pour répondre à ces questions.

Épidémie de SRAS : la leçon qui n’a pas été retenue

De 2002 à 2003, la Chine a été touchée par l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Au même moment, le pays passait par une profonde période de transition politique, avec la succession de Hu Jintao à Jiang Zemin au poste de président de la république. Et tout comme cela a été le cas avec le nouveau coronavirus en 2019, des informations ont été dissimulées au stade initial de l’épidémie : alors que le SRAS se propageait rapidement dans la province du Guangdong, le véritable état de l’épidémie n’avait pas été communiqué correctement à Pékin. Par la suite, la situation s’est aggravée et la maladie infectieuse a fini par atteindre la capitale chinoise.

En mars 2003, Zhu Rongji vient juste de terminer son mandat de Premier ministre (à qui succède Wen Jiabao), mais ayant encore autorité sur la nomination des membres du gouvernement, il décide d’entreprendre un vaste plan de remaniement aux plus hauts échelons de l’État. Il décide de communiquer des informations sur la situation de l’épidémie et s’active pour trouver rapidement des solutions. Il limoge le ministre de la Santé, qui est remplacé par la vice-première ministre Wu Yi (considérée à l’époque comme l’une des plus puissantes femmes du monde), qui occupe simultanément les deux postes. Le maire de Pékin est également démis de ses fonctions ; c’est le secrétaire du Parti à Hainan, Wang Qishan, qui est choisi pour gouverner la capitale. En parallèle, les efforts du nouveau Premier ministre Wen Jiabao pour renforcer les mesures contre l’épidémie permettent finalement d’enrayer la propagation du SRAS.

La Chine, qui vient juste de surmonter cette grave crise sanitaire, renforce ses mesures de prévention contre les épidémies en prenant comme modèle les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (CDC, Centers for Disease Control). Une institution similaire est créée, des succursales sont établies au niveau local et les capacités des laboratoires médicaux du pays sont accrus. En 2019, le dirigeant de cette version chinoise du CDC déclarait, confiant : « une situation comme celle du SRAS ne se produira plus en Chine ».

Un agenda politique plus important que la prévention de l’épidémie

L’épidémie de SRAS de 2003 a pris une ampleur très importante car la Chine n’y était pas préparée et passait pas une période délicate de transition de politique. Mais malgré cette expérience et le système de prévention qui a été créé en conséquence, le pays fait aujourd’hui de nouveau face à une crise similaire. Cette situation met en lumière les limites de l’organisation politique chinoise.

Le système politique de la Chine se fonde sur la diffusion rapide des ordres venant du haut de la hiérarchie vers le bas. Même aujourd’hui, le gouvernement de Xi Jinping s’efforce de renforcer ce système. Mais le problème avec ce type d’organisation est que si un incident grave se produit au niveau local, les autorités en bas de la hiérarchie n’ont pas les moyens d’y faire face de manière autonome. Les acteurs politiques, qu’ils soient au milieu ou en bas de l’échelle, ne peuvent pas agir sans ordre venant des échelons supérieurs. En d’autres termes, l’épidémie du SRAS, tout comme celle du nouveau coronavirus, ont révélé la grande faiblesse de l’organisation politique chinoise, à savoir la difficulté de faire remonter les informations du bas vers le haut.

Un autre problème est que la politique prime sur tout autre domaine en Chine. Elle est tellement prépondérante que la littérature chinoise ne traite en grande partie que de sujets politiques. Pour les autorités de la ville de Wuhan, épicentre de l’épidémie de coronavirus, ainsi que la province du Hubei, le sujet le plus important dans leur agenda politique était l’organisation de l’Assemblée nationale populaire prévue pour début mars 2020. Les provinces devant tenir en amont une assemblée similaire au niveau local, les autorités de Wuhan et de Hubei l’ont organisé en janvier, alors même que le nombre de personnes infectées explosait.

Comme l’évènement serait annulé si l’épidémie était jugée grave, les autorités de Wuhan et du Hubei n’ont eu d’autre choix que de qualifier la situation de « pas préoccupante ». C’est ainsi que le coronavirus a pu continuer de se propager en Chine. Par ailleurs, les vacances du Nouvel An chinois commençant à la fin janvier, près de la moitié de la population de Wuhan, soit environ 5 millions de personnes (chiffre confirmé par le maire de la ville), a quitté la municipalité et s’est déplacée à travers toute la Chine et à l’étranger. Quelque temps plus tard, l’Organisation mondiale de la santé élevait l’épidémie au rang de pandémie.