Reprise de l’aide après le 11 septembre
Après les attentats terroristes qui ont frappé les États-Unis en 2001, le gouvernement japonais, en collaboration avec les États-Unis et l’ONU, a soutenu la reconstruction en Afghanistan et s’est impliqué sur les plans diplomatique et politique. Bien entendu, cette implication ne s’est pas limitée à l’action publique, de nombreuses personnes et organisations privées comme M. Nakamura et son ONG y ont contribué et ont soutenu les échanges bilatéraux dans les domaines du quotidien et de la culture.
Les relations bilatérales entre le Japon et l’Afghanistan ont été établies en 1930. À l’époque, des Japonais développaient les techniques agricoles et l’enseignement du judo en Afghanistan, tandis que l’Archipel accueillait des étudiants afghans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Afghanistan a tout d’abord déclaré sa neutralité, avant de s’engager aux côtés des Alliés à la demande de la Grande-Bretagne et de l’Union soviétique. Les relations avec le Japon, pays ennemi, ont alors été suspendues, avant de reprendre après-guerre, principalement sous la forme de coopérations économiques.
Mais dans la seconde moitié des années 70, les troubles en Afghanistan ont pesé sur les relations bilatérales. En décembre 1979, l’armée soviétique a envahi l’Afghanistan et le gouvernement japonais, à l’instar des États-Unis, a boycotté les Jeux olympiques de Moscou l’année suivante, en signe de protestation. Après le retrait de l’armée soviétique en février 1989, l’instabilité a continué avec la guerre civile entre moudjahiddins, talibans et forces gouvernementales, puis la mainmise des talibans sur le pouvoir. Il était difficile d’entrer dans le pays et pour le Japon, l’Afghanistan est devenu une lointaine nation de la route de la soie.
Malgré les circonstances, l’Archipel a continué d'œuvrer pour la stabilité du pays en se faisant médiateur entre talibans et moudjahiddins. Après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et la chute des talibans au pouvoir, les relations bilatérales ont repris et, avec elles, les actions d’aide.
Nous avons déjà évoqué la Conférence de Tokyo pour l’aide à la reconstruction en Afghanistan, en janvier 2002, pour laquelle le gouvernement japonais a reçu Hamid Karzai, alors président de l’Administration intérimaire, afin de lancer l’aide à la reconstruction. Le Japon a joué un rôle moteur dans le programme DDR (désarmer, démobiliser et réintégrer) et a également apporté une aide active dans des secteurs comme l’agriculture, l’éducation, la santé, la place des femmes et les infrastructures (construction de l’aéroport de Kaboul, entre autres). C’est peu connu au Japon, mais les plans pour la construction d’une nouvelle capitale – afin de désengorger Kaboul dont la population a bondi sous le poids des migrations régionales et internationales – ont été financés par l’aide au développement japonaise. Il existe également un système de bourses d’études pour permettre aux hauts fonctionnaires afghans de suivre un troisième cycle universitaire au Japon.
Dans le secteur privé, de nombreuses ONG sont impliquées dans l’humanitaire, la reconstruction ou encore les échanges. Notons qu’en juin 2012, l’université Doshisha a accueilli une conférence internationale à laquelle ont assisté ensemble des représentants des talibans et du gouvernement afghan, pour la première fois depuis la chute du régime taliban. Enfin, entre mars 2016 et mars 2020, Yamamoto Tadamichi a été le troisième Japonais à assumer le poste de représentant spécial de la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), créée pour appuyer la consolidation de la paix dans le pays.
Notons également que depuis 2004, l’Archipel envoie régulièrement des milliers de cartables japonais randoseru recyclés pour contribuer à l’éducation des enfants afghans, une initiative gérée par une ONG. (Voir notre article lié : Les cartables japonais « randoseru » contribuent à l’éducation des petits afghans)
Tirer parti de la bonne image du Japon auprès des Afghans
Nous l’avons vu, les liens entre le Japon et l’Afghanistan sont loin d’être ténus. Cependant, une certaine désaffection et un intérêt moindre pour l’Afghanistan se traduisent par une baisse de l’aide en valeur, et pas seulement de la part du Japon.
Dans ces conditions, au vu de la diminution de son influence dans le jeu politique mondial et de finances moins florissantes qu’autrefois, les options du Japon en matière d’aide à la stabilité de l’Afghanistan sont restreintes. L’important est donc, de toute évidence, d’assurer une continuité dans l’aide. Hélas, outre le manque d’amélioration en matière de sécurité et d’économie, les problèmes de corruption et de collusion qui gangrènent le gouvernement afghan font planer des doutes sur l’opportunité d’accorder une aide au pays, et son efficacité. De plus, comme le montre l’assassinat de M. Nakamura, il est difficile pour les Japonais d’être actifs sur place.
Malgré tout, continuer à s’impliquer et jouer le rôle de médiateur entre factions ennemies est un rôle que le Japon, justement, peut remplir et que la communauté internationale comme le peuple afghan espèrent le voir remplir. Du fait de l’éloignement géographique, peut-être, ainsi que de l’absence d’intérêts directs du Japon dans la région, à la différence des pays occidentaux, l’Archipel bénéficie d’une bonne image auprès des Afghans. Tirer parti de cette situation pour contribuer à la stabilité en Afghanistan, c’est contribuer à la stabilité de l’Asie méridionale et centrale, mais aussi du Moyen-Orient dans son ensemble.
(Photo de titre : rencontre nippo-afghane au sommet : le président afghan Ashraf Ghani [à droite] et le Premier ministre japonais Abe Shinzô échangent une poignée de main le 23 octobre 2019 à Tokyo, à la résidence des hôtes d’État. Jiji Press)
