Des spectacles qui s’adaptent à la jeune génération

Pour financer ses études, Mme Nishimura avait travaillé près d’un an dans un bar dirigé par une geisha très réputée dans le milieu du quartier de Gion à Kyoto.

Ce qui fait cette artiste traditionnelle, c’est le kimono et le maquillage, mais plus encore, c’est la maîtrise des techniques de la conversation. Il faudrait que cet art des geishas de Hakone soit plus connu, et pas seulement des messieurs âgés qui les invitent dans des salles traditionnelles à tatamis, mais aussi les étrangers et les Japonais de la jeune génération.

Pour cela, Mme Nishimura a imaginé un événement appelé « Meet geisha » en anglais, en utilisant les salles de répétition de l’association des okiya. Cet événement permet d’assister à des danses traditionnelles, jouer à des jeux, prendre des photos souvenirs et bavarder avec les geishas, qui répondent en anglais pour les touristes étrangers.

Aux événements « Meet Geishas » du kenban de Yumoto, bavardez en anglais avec les geishas.
Aux événements « Meet Geisha » à Hakone-Yumoto, bavardez en anglais avec les geishas.

M. Matsuyoshi, attaché de presse de l’Association Hakone-Yumoto se souvient : « Au début, quand Mme Nishimura nous en a parlé, nous étions plutôt sceptiques : Cela nous amènerait-il plus de clients en soirées ? Puis, nous avons commencé à considérer ce projet comme un opportunité de maintenir notre tradition vivante, tout en suivant les évolutions de l’époque. La caractéristique principale des geishas de Hakone, c’est leur jeunesse. Sur 150 affilées, plus de la moitié ont une vingtaine d’années. Cette jeunesse avait l’énergie d’accepter les révolutions. »

L’âge moyen des Hakone geishas est de 28 ans, c’est le plus jeune de toutes les associations locales de geishas.
L’âge moyen des Hakone geishas est de 28 ans, c’est le plus jeune de toutes les associations locales de geishas.

Des événements sauvés par Internet en pleine crise sanitaire

Les événements Meet geisha avaient pris un bon départ. Quand la crise du coronavirus s’est déclarée et tous les événements ont été annulés. Avec l’impossibilité pour les geishas d’être appelées en visite chez des clients, ce sont les revenus de toutes qui sont tombés à zéro.

L’idée a alors germé de soirées avec geisha sur Internet : « On s’est dit que, même si cela ne générait pas de revenus, cela ferait toujours quelque chose de positif, au moins cela ferait parler des geishas de Hakone. »

C’est ainsi qu’a ouvert, le 22 mai, un site de réservations pour un public japonais. Les réservations furent vite pleines. Trois jours plus tard, les médias étrangers en ont parlé, et quelqu’un a demandé : « Je veux fêter l’anniversaire de mon frère sur Internet, parce que notre famille habite dans trois pays différents, et je veux en faire quelque chose de spécial ». Une session en anglais a donc été rapidement mise sur pied.

« Nous sommes une espèce en voie de disparition » plaisantent facilement les geishas, dont le nombre diminue d’année en année. Comparé aux années 1930, la quantité de travail a été divisée par 5, le nombre de geishas par 3. La crise du coronavirus pouvait porter un coup fatal à cette tradition.

Dans une époque où il faut « vivre avec le coronavirus », les grands banquets sont évités. Pour les occasions festives, il faut passer à un format plus petit. Les geishas souhaitent elles aussi des façons de travailler plus en accord avec les tendances contemporaines.

Mme Nishimura explique sa vision : « À Hakone comme ailleurs, de nombreuses personnes s’inquiètent de la disparition de la culture des soirées avec geishas dans les salons à tatamis. Mais il n’est pas encore trop tard. L’important est de renouveler la base de la clientèle et de modifier l’approche du service, dans lequel les geishas ne seraient plus des « entraineuses » pour boire, mais des « artistes ».

Le fait est que les gens qui ont participé à des sessions avec geishas sur Internet étaient tous des gens qui n’avaient jamais rencontré des geishas en vrai. Des femmes entre 20 et 40 ans, souvent seules, ou bien des familles avec enfants. Les participants ne se connaissent pas quand la session commence, mais rient ensemble quand elle se termine. Certains reviennent. Et des demandes de réservation émanent de groupes nombreux. Les soirées « Meet Geisha » en présenciel reprendront en juillet, mais compte tenu des demandes des participants, le service sur Internet ne sera pas arrêté, au contraire, il sera renforcé.

(Photo de titre : Yumiko bavarde avec un participant sur l’écran de l’ordinateur. Sachika, 20 ans de métier, aussi parle couramment anglais. Une dizaine d’autres geishas sont également disponibles pour des sessions en anglais via une interprète. Photo de Richard Atrero de Guzman ; toutes les autres photos ont été fournies par Gaiax)

Meet Geisha Online Drinking

  • Date et heure : tous les vendredis et samedis de 20 h à 20 h 30, et de 21 h à 21 h 30
  • Frais de participation : 1 650 yens (en japonais) ou 2 000 yens (en anglais) par personne (taxes incluses)
  • Participants : jusqu’à 6 personnes à chaque fois
  • Comment participer : après avoir sélectionné la date et l’heure de session sur le site officiel, puis paiement en ligne, l’URL de la session Zoom est envoyée par e-mail.
  • YouTube officiel : Geisha drinking party online