Pourquoi une discrimination envers les Coréens du Japon ?

Certains affirment que les Coréens Zainichi sont la cible d’abus parce qu’ils ont obtenu des droits équivalents aux citoyens japonais en vertu de leur statut juridique de « résidents permanents spéciaux ». En mai 2015, lors d’une audition du Comité de la Chambre des conseillers sur les Affaires judiciaires, le directeur général du bureau de l’immigration du ministère de la Justice, Inoue Hiroshi, a expliqué : « Compte tenu de facteurs tels que le retrait de leur nationalité japonaise et leur attachement au Japon, des mesures spéciales ont été prises en traitement différent de celui appliqué aux autres résidents étrangers. Cette loi est établie dans le but particulier de stabiliser le statut juridique des résidents permanents spéciaux, et il est donc inacceptable de les ostraciser de la société japonaise sur la base d’une telle mesure. »

Avec l’annexion de la Corée par le Japon en 1910, les habitants de la péninsule coréenne sont devenus des citoyens japonais, et beaucoup sont venus au Japon, dans diverses circonstances. Les Coréens qui sont restés au Japon après l’indépendance de la Corée ont été initialement classés comme « étrangers » par le gouvernement japonais. Le fait que beaucoup aient décidé de faire leur vie au Japon a conduit à l’introduction du statut de résident permanent. Selon le gouvernement, ce fait n’est pas considéré comme un « privilège ».

Mme Morooka souligne que le statut ne fournit pas réellement de résidence permanente. De plus, note-t-elle, « les personnes qui étaient à l’origine des citoyens japonais sous la domination coloniale et qui devraient se voir garantir les mêmes droits que les ressortissants japonais, subissent diverses restrictions de leurs droits. Par exemple, certains ont été envoyés à la guerre pour combattre en tant que citoyens japonais, mais aucune compensation n’a été prévue face à ceux qui sont morts. De plus, ils n’ont pas le droit de voter aux élections municipales, ne peuvent pas rejoindre la fonction publique et sont victimes de discrimination en matière de retraite et d’aide sociale, ce qui en fait des citoyens de seconde zone. Elle pense que, à certains égards, cela a attisé une discrimination plus large.

Mais comment cela a-t-il conduit au phénomène plus violent des discours de haine ? M. Yakura, qui a participé à l’élaboration du projet (finalement devenu la loi sur l’élimination des discours de haine), a noté que l’affaiblissement de l’économie japonaise créait un sentiment de désespoir et de malaise. La classe moyenne, qui se sentait négligée, est devenue encore plus mécontente. Certains pensent que les Coréens Zainichi jouissent d’un traitement favorable, et les utilisent comme bouc émissaire. Cela a conduit à une division croissante de la société. Mais comme il le note, « Les tensions croissantes entre les pays d’Asie de l’Est ne sont pas une excuse pour normaliser la haine, en niant totalement la personnalité de chacun. »

Un établissement pour apprendre à coexister

Fureai-kan, un établissement public du quartier de Sakuramoto, est la base d’une initiative visant à encourager la communication entre les résidents coréens Zainichi et les Japonais. Lors de sa création en 1988, il y avait l’opposition de certains voisins, qui craignaient que le centre devienne un lieu de conflit. Au lieu de cela, il accueille désormais des enfants d’origines culturelles diverses, facilitant l’interaction naturelle entre les enfants et leurs parents.

Selon Yamada Takao, bénévole au centre : « La création d’un espace où les Japonais et les Coréens Zainichi peuvent se rencontrer a contribué à faire tomber les barrières entre eux. Les gens de notre quartier acceptent maintenant les antécédents et les différences des uns et des autres. Cela a aidé à renforcer le soutien pour lutter contre le racisme, afin que les Coréens Zainichi ne se sentent pas isolés. »

Le Fureaikan de Kawasaki accueille des activités visant à créer un avenir plus convivial entre les Coréens Zainichi et les Japonais. (Photo de l'auteur)
Le bâtiment Fureai-kan de Kawasaki accueille des activités visant à créer un avenir plus convivial entre les Coréens Zainichi et les Japonais. (Photo de l’auteur)

(Reportage et texte de Mochida Jôji, de Nippon.com. Photo de titre : des contre-manifestants en réponse à un rassemblement haineux en juin 2016 à Kawasaki. Jiji Press)