Faire évoluer les relations entre le Japon et les pays de l’ASEAN

La relation entre le Japon et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), initialement verticale, a évolué pour tendre vers une relation horizontale, ce qui a permis à la JICA de jouer de nouveaux rôles. Si les habitants étrangers de Chine ou de Corée du Sud sont nombreux au Japon, l’Archipel compte également un grand nombre de personnes originaires de pays de l’ASEAN dont le nombre ne cesse d’augmenter. Alors que l’économie japonaise, elle, reste stagnante, les pays de l’ASEAN jouissent d’une croissance économique relativement élevée. Le PIB combiné des pays de l’ASEAN devrait être supérieur à celui du Japon à partir de 2025.

Si cela devait se produire, le Japon ne proposerait alors plus simplement son soutien technique unilatéral mais mettrait alors en place un partenariat en symbiose où chaque partie pourra venir en aide à l’autre, de façon complémentaire. Seulement, confronté à un déclin démographique et à un vieillissement de sa population, lui-même causé par une baisse du taux de natalité, à l’heure actuelle, il est difficile pour le Japon de jouer un rôle de premier plan. Mais avec leur savoir-faire, les habitants des pays de l’ASEAN, s’ils s’installaient de façon permanente au Japon, pourraient représenter un véritable vivier pour le pays et leur participation dans la société nippone afin de redynamiser l’Archipel. La JICA espère donc aider ces jeunes et faciliter leur installation durable dans le pays.

Alors que le Japon et les pays de l’ASEAN entretiennent des relations de plus en plus égalitaires, cette expansion des échanges humains sera à n’en pas douter une grande source de stimulation pour la jeunesse japonaise. De nos jours, la JICA ne peut plus se restreindre au transfert de technologie vers les pays en développement mais elle doit au contraire aller au-delà et devenir un véritable pont entre le Japon, l’ASEAN et les pays en développement. Elle peut par exemple encourager les échanges entre citoyens et assurer la médiation dans l’ouverture des relations entre des villes partenaires. Une nouvelle forme d’aide est née, affranchie de toute notion de hiérarchie souvent présente dans l’APD. Un tel renouveau suscitera à coup sûr l’intérêt de pays dans le monde entier.

Un espoir vers une vraie politique d’immigration

Qu’apporte JP Mirai ? Avec une approche novatrice, cette plate-forme permet aux gouvernements, aux entreprises et aux associations à but non lucratif d’être à l’écoute des travailleurs étrangers et d’aller au-delà des barrières traditionnelles. Au plus près de ceux qui en ont besoin, ils pourront avoir avec eux des discussions de fond, à la recherche de solutions pérennes pour l’avenir.

Avec l’augmentation dans le monde entier des investissements sur les plans environnementaux, sociétaux ou encore de gouvernance, ainsi que les ODD définis par les Nations Unies, JP Mirai est la plateforme qui rend possibles des échanges d’opinion élargis entre entreprises sur l’adoption proactive d’une approche responsable concernant l’embauche de main-d'œuvre étrangère. Les espoirs d’une révision du système de formation des stagiaires techniques sont donc considérables.

Dans 20 des 47 préfectures que compte l’Archipel, les stagiaires techniques représentent plus de 50% des résidents étrangers, un chiffre qui ne cesse d’augmenter, d’un bout à l’autre de l’Archipel. Souhaitant répondre à leurs besoins, nombreuses sont les municipalités qui proposent des activités telles que des cours de langue japonaise ou encore une aide aux activités quotidiennes. Toutefois, ces activités sont très limitées. En effet, pour un grand nombre de municipalités, les stagiaires techniques bénéficient du soutien des entreprises pour lesquelles ils travaillent et sont donc sous leur contrôle direct. La plate-forme JP Mirai permet aux autorités locales d’évoquer avec les entreprises les problèmes rencontrés et de renforcer la collaboration. Des discussions approfondies donneront lieu, espérons-le, à un soutien plus important des municipalités aux stagiaires techniques, allant au-delà du multiculturalisme superficiel.

La pandémie de Covid-19 a mis en exergue le manque de clarté de la politique d’immigration du gouvernement japonais. Après la résolution de la crise actuelle, le lancement de la plateforme de la JICA déclenchera à n’en pas douter un débat au niveau national sur la question.

Une révision du système de compétences spécifiques doit avoir lieu en avril 2021, soit un an après son lancement. J’espère que les délibérations qui auront eu lieu et les propositions qui auront été faites dans le cadre de la plate-forme JP Mirai permettront d’adopter une nouvelle approche pour mettre en place de véritables politiques d’immigration.

(Photo de titre : Myat Su Mon, une stagiaire technique venue de Mynamar, avec un résidente d’une maison de retraite de la ville de Fukui. © Kyodo)