L’autorisation de l’usage des armes
Le Japon n’est pas le seul pays concerné par la violation du droit international qu’implique cette nouvelle tournure des événements. À titre d’exemple, l’Article 22 de la LPM, qui traite de la sûreté et de la sécurité maritimes, stipule que :
Lorsque la souveraineté nationale, les droits souverains ou la juridiction sont illégalement violés en mer par une organisation ou un individu étranger, ou se trouvent en danger imminent de violation illégale, une agence de la garde côtière aura le pouvoir de recourir à toutes les mesures nécessaires, y compris l’usage des armes, pour mettre un terme à la violation et éliminer le danger en conformité avec cette loi et les autres textes et règlements appropriés.
Il suffit donc que la Chine décide que sa souveraineté a été violée pour que la GCC soit en fait autorisée à faire usage de ses armes contre des navires de la GCJ ou des bateaux de pêche japonais. Cela établit clairement le caractère militaire de la GCC en tant qu’organisation apte à mener des opérations de défense.
Le droit international exige que les réactions aux violations du droit international soient elles aussi en accord avec le droit international. « Voilà pourquoi, dit Akimoto Shigeo, la GCJ, conformément à la prohibition internationale de la menace et de l’usage de la force, n’a pas le droit de faire un usage excessif de la force dans le cadre de ses activités de maintien du droit maritime. Elle respecte en outre les conventions internationales qui accordent des statuts juridiques différents aux navires de guerre engagés dans la défense de la nation et aux vaisseaux de la marine nationale veillant à la bonne application des réglementations nationales. Il en découle que, si des navires de l’État chinois pénètrent dans nos eaux territoriales et se contentent d’y séjourner, nous devons, aussi frustrant que cela puisse être, garder notre calme et notre résolution sans nous engager dans l’usage prohibé des armes. »
Au cas où un vaisseau de la GCC pénètre plus avant dans nos eaux territoriales, observe-t-il, le navire de la GCJ s’efforcera de l’en faire sortir en toute sécurité en évitant qu’il se produise la moindre collision. Les capitaines des navires de la GCJ ont certes amélioré leur aptitude à se conformer à ce principe, mais sur le long terme, ils doivent faire montre d’une formidable concentration pour veiller à ce que la distance de sécurité soit maintenue entre les navires.
M. Akimoto poursuit : « Compte tenu des dispositions de la nouvelle loi chinoise, la GCJ doit aussi envisager la possibilité que des armes soient utilisées contre ses navires lorsqu’ils tentent de prendre en filature des bateaux de la marine nationale chinoise. Toutefois, en se focalisant exclusivement sur la perspective d’autoriser la GCJ à faire elle aussi usage de ses armes, le Japon ne ferait que jouer le jeu de la Chine. Nous devons persévérer dans notre patience et nous préparer à des éventualités telles que l’usage des armes à notre encontre, et éviter toute escalade qui pourrait déboucher sur une confrontation et la résolution des problèmes par l’usage de la force. »
L’objectif de la Chine : saper les liens entre le Japon et les États-Unis en matière de sécurité
La fréquence de ces intrusions constitue une atteinte au traité de sécurité nippo-américain. Le gouvernement des États-Unis reconnaît que son engagement, pris au titre de l’Article 5 du traité, d’assurer conjointement la défense du Japon s’applique aussi aux Senkaku. L’administration du président Joe Biden a réaffirmé cette position lors de la réunion en mars du Comité consultatif nippo-américain pour la sécurité (2+2), puis une nouvelle fois en novembre par l’intermédiaire d’Anthony Blinken, le secrétaire d’État américain.
Mais l’obligation inscrite dans le traité ne s’applique qu’aux « attaques armées dans une zone administrée par le Japon ». Si la Chine sape progressivement le contrôle effectif du Japon sur les Senkaku pour y substituer son propre contrôle, cela risquerait d’exclure les îles du domaine couvert par le traité, comme c’est le cas pour Takeshima. Tel est l’objectif à long terme de la Chine dans cette guerre d’usure.
La réponse du Japon a consisté à renforcer la GCJ, à accroître la capacité des Forces d’autodéfense à fournir à la GCJ un soutien à l’arrière et à consolider l’alliance nippo-américaine. Toutefois, l’écart quantitatif entre la Chine et le Japon en termes de vaisseaux de la marine nationale susceptibles d’être déployés au large des Senkaku continue de se creuser.
En 2012, quand l’État japonais a acquis les titres de propriété foncière de trois des îles Senkaku, la GCJ possédait 51 navires de 1 000 tonnes ou plus, et la Chine 41. Mais deux ans plus tard la situation s’était inversée, les chiffres passant à 82 pour la Chine contre 54 pour le Japon. En 2019, la marine nationale chinoise possédait 130 vaisseaux jaugeant plus de 1 000 tonnes, soit presque le double de l’effectif (66) de la GCJ. Le désavantage de cette dernière est encore accentué par l’âge relativement avancé de ses bâtiments les plus lourds. C’est ce qui explique la grave préoccupation ressentie dans les cercles politiques japonais à propos de ce qui pourrait être fait en cas d’intrusion majeure de vaisseaux de la marine nationale chinoise et l’incertitude qui règne quant à la capacité de la GCJ à protéger les eaux territoriales et contigües qui entourent les Senkaku – une zone d’une taille similaire à celle de l’île japonaise de Shikoku.
En s’appuyant sur son expérience en matière de confrontation avec des navires de l’État chinois aux alentours des Senkaku, Akimoto Shigeo affirme catégoriquement que « la question des îles Senkaku n’est pas un problème dont la solution repose exclusivement sur la GCJ. Nous devons certes renforcer encore sa capacité de réaction à tout déploiement d’activité dans la zone qui entoure les Senkaku, mais ce n’est pas de leur propre initiative que les navires de la GCC font intrusion dans le territoire des Senkaku – c’est sur ordre de Pékin. »
Voici pourquoi Akimoto Shigeo pense en dernier lieu que « la solution relève de la politique et de la diplomatie. Il est essentiel de convaincre davantage de pays de l’importance des valeurs qu’offre une région indopacifique libre et ouverte. »
(Photo de titre: un vaisseau de la garde côtière chinoise, à l’arrière, surveillé par le Yonaguni, de la garde côtière japonaise, dans les eaux des Senkaku. Photo avec l’aimable autorisation de la Garde côtière japonaise)

