Et la politique sécuritaire ?
Dans le discours de politique générale qu’il a prononcé devant la Diète le 6 décembre 2021, Kishida Fumio a abordé la question de la « politique sécuritaire » du Japon. Il a insisté sur la nécessité « d’examiner toutes les options de façon réaliste, y compris la capacité “d’attaquer des bases ennemies” dans le cadre de la stratégie de défense nationale ». Etant donné la position très frileuse de son parti sur ce point, le président du Kômeitô Yamaguchi Natsuo a déclaré qu’avant d’adopter une politique sécuritaire plus musclée, le gouvernement devait s’assurer que le peuple japonais partageait son point de vue. Le PLD risque donc de privilégier les bonnes relations avec son partenaire de la coalition jusqu’aux élections de l’été 2022 et de commencer seulement après à discuter sérieusement du problème. Ce faisant, il évitera aussi que l’opposition se serve de sa stratégie de défense pour le critiquer lors des élections à la Chambre haute.
Quoi qu’il en soit, le plus grave problème que va devoir affronter le gouvernement de Kishida Fumio, c’est l’épidémie de Covid-19. Le variant Omicron d’abord détecté en Afrique du Sud à la fin de l’année 2021 s’est rapidement propagé sur toute la planète en raison de son redoutable pouvoir de contamination. Si le système médical japonais se trouve à nouveau sous pression à cause d’un afflux énorme de patients, le gouvernement sera le premier très gravement affecté. Kishida Fumio a pris des mesures draconiennes sur l’immigration qui interdisent toute entrée de non-Japonais sur le territoire national et montrent à elles seules à quel point les autorités sont conscientes du danger que poserait une nouvelle vague de coronavirus. (Voir le bilan en temps réel de l’épidémie au Japon)
Inciter les entreprises à augmenter les salaires
Le prix des carburants, toujours élevé, préoccupe également le gouvernement. Dans la mesure où le pouvoir d’achat des salaires continue de stagner, l’augmentation du prix des matières premières risque d’affecter le budget des ménages et le bilan des entreprises. Autant de facteurs susceptibles de susciter le mécontentement de la population vis-à-vis des partis au pouvoir. Face à cette situation, le PLD et le Kômeitô ont pris en compte le souhait du Premier ministre d’inclure une mesure d’incitation à la hausse des salaires dans sa réforme du système fiscal de décembre 2021. Une mesure qui consiste à accroître de façon considérable le taux d’exonération fiscale des entreprises qui augmentent les salaires de leurs employés. Toutefois à l’heure actuelle, 60 % des firmes japonaises sont déficitaires et de ce fait, elles ne paient aucun impôt sur les sociétés. Ce qui veut dire que la majorité des firmes de l’Archipel ne sont pas concernées. Par ailleurs l’impact de ce type de mesure est de toutes les façons difficile à mesurer. La plupart des spécialistes pensent que les salaires ont peu de chances de progresser de façon significative tant que le système de l’emploi ne sera pas modifié. Cependant si les Japonais considèrent que le gouvernement n’a pas fait face de façon adéquate à la situation économique ou à la crise sanitaire, ils risquent de lui infliger une cuisante défaite lors des élections à la Chambre des conseillers du mois de juillet prochain.
L’alliance des partis de l’opposition : un véritable casse-tête
La préparation des élections va également constituer une préoccupation majeure pour l’opposition. Le résultat du scrutin dépendra en grande partie du vote des 32 circonscriptions à siège unique qui sont à renouveler. Si chaque parti présente un candidat différent dans chacune d’elles, il fera le jeu de la coalition au pouvoir.
Les candidats de l’opposition, et en particulier du Parti démocrate constitutionnel, risquent donc de vouloir faire alliance. Mais le résultat de leurs tractations paraît pour le moins incertain. Avant les élections législatives d’octobre 2021, le Parti communiste japonais (PCJ) a conclu avec le PDC un accord « de collaboration limitée » portant uniquement sur un ensemble de problèmes définis à l’avance. Si Izumi Kenta, le nouveau président du Parti démocrate constitutionnel est disposé à revoir ce pacte, le PCJ entend le respecter à la lettre, ce qui constitue une entrave de taille à une éventuelle alliance de l’opposition. Dans le même temps, on est en droit de se demander comment le Parti démocrate du peuple (PDP, Kokumin Minshutô), fondé le 7 mai 2018, pourrait s’intégrer dans une stratégie d’alliance concertée de l’opposition. Le PDP n’est en effet pas du tout favorable à une collaboration avec le Parti communiste.
Enfin, le Parti de la restauration (Nippon ishin no kai) qui a remporté un grand nombre de sièges lors des dernières élections législatives entend lui aussi accroître le nombre de ses élus à la Chambre haute. Partisan de « réformes qui tranchent dans le vif », il souhaite présenter de multiples candidats. Dans l’état actuel des choses, il est bien difficile de dire quelle influence ce parti aura sur les résultats des élections à la Chambre des conseillers de juillet 2022 et partant, quelle tournure prendra la vie politique au Japon à l’issue de ce scrutin.
(Photo de titre : le Premier ministre Kishida Fumio en train de s’adresser à la presse dans sa résidence du Kantei de Tokyo, le 11 décembre 2021. Kyodo)