Un taux d’abandon important au lycée
Alors que la pandémie sévit toujours, combien y a-t-il d’enfants au Japon dont la santé n’est pas protégée ? Sur la base des résultats de l’enquête du ministère, procédons à une vérification de détails de ces données chiffrées.
À la fin mars 2022, le ministère publie les résultats d’une deuxième enquête dressant un état des lieux de la scolarisation des enfants de nationalité étrangère. On constate que 5,9 % des enfants sont scolarisés dans des « écoles » non reconnues par l’État, c’est-à-dire des écoles étrangères et que 9,9 % seraient vraisemblablement déscolarisés. En d’autres termes, il n’est pas exagéré de dire que selon ce graphique, si l’on regroupe les deux catégories des 2) « écoles étrangères » et « autres que (1) et (2) », c’est la santé de 21 162 enfants qui ne fait pas l’objet d’une protection institutionnelle. Cela représente un enfant sur six (soit 15,9 % du total). Mais plus que tout, soulignons le nombre important d’enfants relevant de la catégorie « autres que (1) et (2) » dont l’affectation à un établissement scolaire n’a pas pu être établie. Suis-je seule à penser que l’on fait trop peu de cas de la vie de ces « enfants sans attache scolaire » ?

Fin mars 2022, le ministère a publié de nouveaux chiffres sur le nombre réel d’enfants ayant besoin d’un soutien en langue japonaise dans les établissements publics (enquête sur la période avril 2021-mars 2022). Il rapporte qu’après le collège, un enfant sur vingt (5,0 %) n’avait pas poursuivi d’études ni trouvé un emploi, et qu’après le lycée cela concernerait jusqu’à un jeune sur sept (13,4 %). Au lycée le taux d’abandon est élevé : les enfants étrangers abandonnent cinq fois plus (5,5 %) que la moyenne nationale (1,0 %). Par ailleurs, l’enquête montre qu’à l’école primaire et au collège c’est environ un élève sur 20 (5,1 %) qui est dans une classe dite « à besoins spéciaux » (de soutien). Ce taux est environ 1,4 fois supérieur à celui de l’ensemble des écoles primaires et des collèges (3,6 %). Une classe de soutien désigne au Japon une classe à petits effectifs s’occupant d’éduquer les enfants ayant un handicap.
Pour que le Japon devienne un pays attractif au yeux du monde entier
Certes, comme le précisait le site web du MEXT à la page des questions-réponses relatives à la scolarisation mentionnée plus haut : « Cependant, s’ils souhaitent les envoyer dans des écoles publiques d’enseignement obligatoire, ils pourront (...) bénéficier d’une éducation gratuite au même titre que les enfants japonais. » Les chiffres montrent que de nombreux enfants sont donc scolarisés dans des « écoles » agréées par l’État. Toutefois, dans une société où le droit à une éducation de qualité revêt une importance vitale pour la réalisation sociale de l’individu, le taux élevé d’abandon scolaire chez ces élèves ayant besoin d’un soutien en langue japonaise et le fait qu’ils ne réussissent pas à trouver un emploi ou ne parviennent à poursuivre la carrière de leur choix sont des questions extrêmement préoccupantes.
Pour que le Japon devienne un pays attractif au yeux du monde entier, les mesures qui font de la nationalité japonaise un critère rédhibitoire et qui excluent les ressortissants étrangers doivent être amendées. Le « droit à l’éducation » doit également être garanti aux enfants étrangers. À l’instar des pays où le droit à l’éducation comprend évidemment celui de « choisir le genre d’éducation », il est indispensable que ce droit soit couplé à la liberté d’être éduqué dans le respect de la diversité et que toute école puisse obtenir le statut d’établissement scolaire. Je suis convaincue que cela contribuera à résoudre les problèmes que rencontrent ces enfants qui souffrent au quotidien et rêvent d’échapper au cadre oppressant des « écoles » japonaises, où le nombre de jeunes en décrochage augmente pour atteindre le chiffre record de près de 200 000 enfants (en 2020, selon les chiffres du ministère de l’Éducation).
(Photo de titre : des enfants étrangers de l’école Paulo Freire, gérée par une ONG, située dans le quartier HLM Homin-danchi de Toyota, dans la préfecture d’Aichi, car de nombreux Brésiliens et Péruviens travaillent dans les usines de la ville.)
