Construit grâce aux dons financiers et au travail acharnés des promoteurs du rugby
De son côté, Hirao Tsuyoshi, ancien membre de l’équipe nationale de rugby et professeur à l’université féminine Shinwa de Kobe, est le principal opposant à la reconstruction du stade de rugby de Chichibu no Miya. Comme Whiting, Hirao, qui recueille des signatures en ligne, s’oppose à ce que le terrain de rugby historique devienne une installation couverte pourvu d’une pelouse artificielle : « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée », dit-il.
« Ce nouveau stade pourra servir de salle de spectacles, pour des matches de basket et même pour des spectacles sur glace. Un grand écran sera installé du côté de la tribune nord. Ce qui est certainement pratique et efficace, mais une telle installation peut-elle être qualifiée de “lieu sacré du rugby” ? L’actuel stade Chichibu no Miya pourrait être rénové pour moins cher. »
La capacité des tribunes sera également réduite et passera de 25 000 à 15 000 spectateurs, soit une diminution de 40 %.
Le stade actuel de rugby de Tokyo a été construit en 1947, peu après la guerre, sur le site de l’ancienne École Supérieure d’Études Féminines (Jôshi Gakushûin, fréquentée par les filles de la noblesse et de la famille impériale), après avoir été réquisitionnée pour servir de parking à l’armée américaine. La construction a été financée par l’assurance des dommages de guerre de Kayama Shigeru, président de la Fédération de Rugby du Kantô et premier entraîneur de l’équipe nationale japonaise de rugby, ainsi que par des dons d’anciens étudiants des différentes universités. Après la mort du prince Chichibu (le frère cadet de Hirohito), président honoraire de la Japan Rugby Union, le nom a été changé en « Chichibu no Miya Rugby Stadium » en 1953.
Les installations sont vétustes, personne ne le nie. Cependant, M. Hirao cite le stade de Kôshien en exemple et lance un appel pour que « notre terrain sacré, Chichibu no Miya, soit transmis à la prochaine génération grâce à la rénovation du stade historique ».
Un capitalisme avide qui détruit les biens publics au Japon
Selon l’action en justice intentée par les habitants des environs, l’évaluation de l’impact sur l’environnement, présentée par l’opérateur, fait état de 743 grands arbres du parc extérieur à abattre, mais néglige les quelque 3 000 arbustes qui subiront le même sort. Des ginkgos se trouvent également à proximité du nouveau stade et l’on craint que la construction n’ait un impact négatif sur leurs racines, ce qui entraînerait leur mort prématurée.
Le Jingû Gaien, c’est aussi le poumon de la capitale, une couverture boisée familière aux habitants depuis de nombreuses années. La destruction de cet environnement est de plus en plus critiquée.
Le professeur associé Saitô Kôhei de l’université de Tokyo, dont le livre « Le capitalisme du nouvel âge » est devenu un best-seller, est lui aussi opposé à une série de réaménagements des alentours du sanctuaire Meiji.
« C’est l’action d’un capitalisme avide qui se déchaîne. Alors que le Japon traverse une période de faible croissance, les “biens communs”, la richesse publique, sont détruits et transformés en outils de profit. Les stades Jingû et Chichibu no Miya ne génèrent pas de bénéfices, alors on les détruit et on les reconstruit parce c’est un moyen rapide de gagner de l’argent. Le développement au profit des grandes entreprises ne protège pas la durabilité de la société », prévient-il.
Il est difficile de dire que le développement associé à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo a été accueilli favorablement par le public. Et le nouveau stade, qui a été démoli et entièrement reconstruit à partir du stade national historique, continue d’être déficitaire car aucun opérateur privé ne s’est manifesté pour l’exploiter.
Le Japon rêve-t-il encore d’une croissance économique régulière et rapide ? Le moment est venu de se rendre compte que ce n’est plus qu’une illusion.
(Photo de titre : le Meiji Jingû Gaien, secoué par des plans de réaménagement. En haut, de gauche à droite : le stade de rugby Chichibu no Miya, le stade de baseball Meiji Jingû et le stade Jingu 2. En dessous, la célèbre allée de ginkgos, sur laquelle l’impact des travaux de construction fait naître des craintes. 3 décembre 2022 ; Kyôdô)
