La liberté de changer de métier ?
Higuchi ne croit pas plus à l’assouplissement des restrictions concernant la possibilité, que le gouvernement envisagerait actuellement, de permettre aux stagiaires techniques de changer de domaines d’activités. Comme l’on craint que ces personnes auraient tendance, s’ils étaient libres de changer de métier, à opter pour des secteurs offrant de meilleures conditions et à se déplacer dans les zones urbaines, il est probable que leur liberté à cet égard sera limitée à des changement dans le secteur où ils travaillent déjà. Ce qui signifie que les stagiaires techniques n’auront d’autre choix que de rester dans des postes où le manque de personnel est criant et où les conditions de travail sont mauvaises.
« Même si un stagiaire passe au statut de visa pour compétences spéciales, il sera probablement contraint de rester dans le même secteur d’activités. Les immigrants ont en général un fort désir d’indépendance, et utiliser leur potentiel sert l’économie dans son ensemble. Mais le système actuel cherche à les gérer dans le cadre le plus restreint possible. L’auto-entrepreneuriat est fréquent dans le bâtiment, mais les travailleurs étrangers n’y ont pas droit. Bien que le système des visas pour compétences spéciales fasse partie de la stratégie de croissance, il manque de logique sur le plan stratégique. »
Les leçons tirées de l’accueil des immigrants d’ascendance japonaise
Higuchi estime que le gouvernement considère le système des stagiaires techniques comme une réussite, et l’installation au Japon d’étrangers d’origine japonaise comme un échec.
« Beaucoup d’entre eux ont perdu leur emploi après la crise financière mondiale de 2007-2008, et un grand nombre sont repartis dans leur pays d’origine. Même parmi ceux qui travaillent au Japon depuis trente ans, la plupart ont des statuts de précaires. Il y a aussi eu des problèmes avec leurs enfants qui n’étaient pas tous scolarisés et qui ont parfois dévié vers la délinquance. On peut déduire des obstacles mis en place à la venue au Japon de yonsei [quatrième génération de descendant d’immigrés japonais en Amérique du Sud] que le gouvernement n’est pas favorable à ce groupe. »
« Finalement, l’exemple des étrangers d’ascendance japonaise a été une sorte de test grandeur nature pour voir ce qui se passe lorsqu’on permet à des non-Japonais de travailler ici sans que les autorités ne fassent quelque chose pour eux. Si des cours de langue avaient été prévus en 1990 au moment où on les a autorisés à venir sur l’Archipel, ces immigrés d’origine nippone auraient certainement pu déployer leur potentiel. Mais visiblement aucun enseignement n’a été tiré de ce test, et on n’a pas tenu compte de cette expérience dans l’élaboration de la politique en matière d’immigration. »
Jusqu’à la création en 2018 d’un nouveau type de visa permettant aux yonsei de travailler au Japon, ils n’avaient que le droit d’y séjourner qu’en tant que famille à charge. Aujourd’hui, ce visa est très peu demandé, sans doute en raison des nombreuses conditions à remplir pour l’obtenir, comme avoir, avant l’arrivée au Japon, des compétences en langue japonaise supérieures au niveau N5 du JLPT, disposer d’un garant au Japon, et du fait qu’il ne permet pas le regroupement familial et qu’il n’offre qu’une durée maximum de séjour de cinq ans.
Il a été annoncé que le ministère de la Justice envisagerait actuellement d’accorder le statut de résident permanent aux yonsei ayant ce visa à condition qu’ils aient atteint après cinq ans de présence au Japon un niveau en langue japonaise correspondant au N2, mais un assouplissement des conditions à l’entrée au Japon n’est apparemment pas envisagé pour l’instant.
