L’efficacité du « Cool Japan » soulève des doutes
Le professeur Mao enseigne l’environnement urbain et le tourisme à l’Université internationale de Kobe. Il participe aussi à divers projets et initiatives relevant d’organisations comme le ministère de la Terre, des Infrastructure, du Transport et du Tourisme ou d’entreprises actives dans le secteur du tourisme. L’expérience acquise dans le cadre de programmes mis en place par l’État pour la promotion du pays a suscité chez M. Mao un certain scepticisme quant au potentiel d’efficacité de la campagne officielle en faveur du « Cool Japan ».
——Dans un contexte international, multiculturel, la diplomatie culturelle joue plus que jamais un rôle important. Que pensez-vous des efforts entrepris par le Japon pour promouvoir les échanges internationaux et le tourisme ?
MAO Je travaille depuis plusieurs années au ministère de la Terre, des Infrastructure, du Transport et du Tourisme. Franchement, il y a eu beaucoup de changements dans le personnel. Si l’on veut qu’ils aient un impact réel sur l’amélioration de l’image du pays, il faut que les professionnels de la culture soient impliqués à long terme. Ils ont à charge de former des experts qui travailleront en première ligne. La culture est quelque chose d’intangible. Si je vous chante une chanson, cela en soi ne constitue pas de la culture. C’est juste une allusion. À titre de comparaison, prenez l’impact durable et persistant qu’a sur vous la lecture d’un roman. Ça, c’est de la culture !
——Seriez vous d’accord avec moi pour dire que les politiques et la méthodologie officielles sont trop vagues ?
MAO Tous les pays se servent de la culture pour améliorer leur image. Mais cela ne marche pas toujours. J’ai mes doutes en ce qui concerne cette histoire de « Cool Japan ». Je pense que c’est une erreur de croire que les dessins animés et les figurines pour collectionneurs obtiendront outre-mer la même popularité qu’au Japon. L’arrière-plan culturel diffère d’un peuple à l’autre. Apparemment, la version indienne du manga de base-ball Kyojin no Hoshi, Suraj: The Rising Star a connu un grand succès. Mais dans cette version, le base-ball a été remplacé par le cricket. Il ne suffit pas, pour y arriver, de modifier quelques lignes dans les dialogues ; c’est tout le scénario qui doit être remanié. Voilà le niveau de respect qu’il faut avoir pour l’autre culture. Vous devez insérer votre produit dans un certain contexte. Pensez-y sous ce jour. Disons que vous transposez une plante japonaise en Inde. Rien ne garantit qu’elle va pousser. Peut-être l’eau et le climat ne lui seront-ils pas favorables. Le gouvernement a réservé un gros budget pour son Cool Japan, mais quels résultats a-t-il obtenus ? La réputation ou l’image du Japon s’est-elle améliorée sur la scène internationale ? On est en droit de dire qu’à lui seul Murakami Haruki a fait davantage pour le profil du Japon que n’importe quel programme officiel. Et il n’a jamais eu le moindre soutien de l’État !
Pour la culture japonaise, les deux grandes percées commencent par un M : manga et Murakami. Je pense qu’il faut encore faire des efforts pour analyser les raisons de la popularité que son livre a rencontrée dans le monde entier. Voilà un exemple que la politique culturelle du japon devrait s’efforcer de suivre.
L’ère de la surcharge d’information
——On entend beaucoup parler de « ressources humaines globales », de nos jours. Mais à l’évidence, cela ne se résume pas à parler l’anglais. Quel genre de compétences va, selon vous, revêtir une importance particulière pour le Japon dans les années à venir ?
MAO Avant de penser à quoi que ce soit de transculturel, vous devez savoir d’où vous venez. Il ne suffit pas d’étudier l’anglais pour devenir « globalisé ». Vous devez vous assurer que vous connaissez mieux que quiconque votre propre histoire et votre propre culture avant de chercher plus loin. Se doter d’une perspective globale n’est pas uniquement une affaire de langue : cela vient de l’intérieur.
L’information non plus ne suffit pas à faire de vous une personne globale. Nous sommes submergés d’informations et nous luttons pour ne pas sombrer. Le temps est venu de nous débarrasser du superflu et de nous protéger contre la surcharge d’information. Plutôt que de constamment céder à la tentation de la quête insatiable de l’information, il est important de préserver l’intégrité de notre identité,. Nous devons nous efforcer de comprendre notre propre culture. À long terme, c’est la meilleure façon de favoriser la formation d’une main d’œuvre globale.
Interview : Harano Jôji (directeur représentatif de la fondation Nippon Communications)
