Quelle amélioration pour les relations nippo-sud-coréennes ?

HARANO  Le Japon et la Corée du Sud fêteront cette année le 50e anniversaire de la normalisation de leurs relations diplomatiques. Les relations avec la Chine commencent à s’améliorer, mais avec la Corée du Sud, les avancées sont moindres, notamment pour des raisons de politique intérieure sud-coréenne.

KAWASHIMA  Dans le cas de la Corée du Sud, la personnalité de la présidente Park Geun-hye et les particularités du gouvernement actuel constituent les plus importants obstacles. Malgré tout, on constate des progrès encourageants.

L’attachement de la Corée du Sud aux questions mémorielles est compréhensible, mais elle doit d’abord montrer sa volonté de dialoguer. Concernant ces questions, il est également important de parvenir à dissocier celle des femmes de réconfort des autres problèmes. Plutôt que d’aborder les questions historiques dans leur ensemble, il est nécessaire de résoudre chacune d’entre elles, sans quoi le dialogue ne progressera pas.

Dans le passé, le Japon a créé un Fonds pour les femmes asiatiques, par le biais duquel il a apporté son soutien aux anciennes femmes de réconfort. Cela ne satisfait peut-être pas la Corée du Sud, mais l’action du Japon doit être reconnue, afin de jeter les bases du dialogue. C’est sans doute délicat, mais la seule solution est de poursuivre le dialogue tout en amenant la Corée du Sud à reconnaître cette action.

Le Japon comme la Corée du Sud sont des pays, des sociétés, démocratiques. Même si la communication entre les dirigeants des deux nations est stoppée, les échanges entre les citoyens restent libres, à la différence des relations nippo-chinoises, où un coup d’arrêt aux liens au plus haut niveau bloque tout. En ce sens, les relations nippo-sud-coréennes doivent être considérées différemment des relations nippo-chinoises.

HARANO  Depuis trente ans, la Chine et la Corée du Sud ont fait une carte diplomatique de leurs critiques sur les questions mémorielles et le problème des femmes de réconfort. Pour y mettre un terme, le Japon ne doit-il pas envoyer un message fort ?

KAWASHIMA  Entre les années 1980 et 1990, lorsque l’économie japonaise était florissante, l’obtention de concessions du Japon dans le domaine économique et la critique des questions historiques allaient de pair. En d’autres termes, la puissance économique du Japon mettait un frein aux questions mémorielles. Mais en 2010, le PIB chinois a dépassé celui du Japon, et les Sud-Coréens ont pris confiance en eux-mêmes en estimant, à tort, que les entreprises sud-coréennes ont une envergure mondiale qui fait défaut aux entreprises japonaises. Ils ont moins à tirer de l’économie japonaise. Le Japon doit prendre conscience qu’il ne peut plus s’appuyer sur l’économie pour résoudre les questions mémorielles.

Par ailleurs, au Japon, en 2006 et 2007, la Cour suprême a renversé la jurisprudence prévalant jusqu’alors sur les réparations de guerre. Après la guerre, lors de la conclusion des divers traités de paix, l’État japonais a soit versé des indemnités soit obtenu le renoncement aux réparations, mais la situation était différente pour les réparations individuelles. Cependant, la Cour suprême a jugé qu’au niveau individuel aussi, ce droit avait été abandonné. Jusqu’alors, des demandes individuelles d’indemnisation avaient donné lieu à des procès devant les tribunaux japonais, ce qui n’est plus possible. Ni l’économie ni la justice ne peuvent résoudre les questions liées à la perception de l’histoire. Dans ce cas, il ne reste qu’à renforcer les échanges entre citoyens, ou à trouver une solution politique. Les moyens disponibles pour résoudre les questions mémorielles ont fortement évolué, il faut en avoir conscience.

La consolidation de la paix et le Japon

HARANO  Lorsqu’on parle de réconciliation historique, l’exemple qui revient le plus souvent est celui de la France et de l’Allemagne : la réconciliation est intervenue au terme de la signature du traité de l’Élysée et d’un approfondissement des échanges entre les deux peuples. Cette méthode n’est pas forcément adaptée au Japon, mais elle fait référence. De la même façon, Nelson Mandela, lors de l’abandon de l’apartheid et de la refonte démocratique de l’Afrique du Sud, a mis en place une Commission de vérité et de réconciliation, pour affronter frontalement les questions historiques. « Pardonner sans oublier », telle est la règle. Ces quinze dernières années, le Japon n’a pas toujours su adopter une telle logique ou dialectique.

KAWASHIMA  Effectivement, depuis la naissance du concept de consolidation de la paix, les réconciliations de ce type sont devenues possibles. Par exemple, en Afrique notamment, dans le processus de règlement des conflits, s’est posée la question de la façon d’éduquer les enfants après le conflit, pour l’avenir. Les questions mémorielles sont également concernées, sous diverses déclinaisons : « pardonner et oublier », « pardonner sans oublier » ou « ni pardon ni oubli ». Le Japon s’est beaucoup excusé, mais la Chine et la Corée du Sud s’en tiennent au « ni pardon ni oubli », ou, dans le meilleur des cas, à « pardonner sans oublier ».

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la réflexion a sans doute été insuffisante sur la consolidation de la paix, les moyens de réconciliation entre les peuples pour construire un environnement pacifique. Le traité de l’Élysée n’avait pas forcément pour objectif la réconciliation, mais il en a été l’outil.

Le Japon, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale et avec la fin de la colonisation, faisait partie des vaincus, proposer la réconciliation n’était pas aisé. Mais on peut envisager de repartir de ce point et de faire aujourd’hui notre possible pour procéder de façon rétroactive à une consolidation de la paix.

L’exemple franco-allemand doit évidemment être une source d’inspiration, mais l’appliquer tel quel en Asie orientale paraît délicat. L’Europe de l’Ouest de l’après-guerre se trouvait en mesure de faire progresser parallèlement la coopération économique et la sécurité, avec la Communauté européenne et l’OTAN, ce qui a permis la réconciliation. Le Japon, en Asie orientale, rencontrait des difficultés sécuritaires avec la Chine et il n’existait pas non plus de système de sécurité régional comme l’OTAN qui l’aurait lié à la Corée du Sud et à Taïwan. Néanmoins, entre le Japon et la Corée du Sud, deux États démocratiques, la sécurité pourrait s’entendre à un niveau régional, à l’avenir.