Le jardin est devenu un produit industriel
« Réaliser un jardin aujourd’hui, c’est tout juste une façon de mettre du vert dans un espace. À l’origine, la maison et le jardin sont dans un rapport particulier, le rapport entre "usage" et "paysage", où la maison est « usage », et le jardin "paysage". Autrefois par exemple, toute l’eau circulait à l’extérieur de la maison. Aujourd’hui, elle circule à l’intérieur. Et puis les pièces à sol en terre ont elles aussi disparu. Il n’y a plus rien pour relier l’usage et le paysage.
On reparle de suikinkutsu (caverne d’eau musicale) ces temps-ci, semble-t-il. Mais savez-vous pourquoi cet agrément des jardins traditionnels existait, à l’origine ? Parce que les gens des classes aisées, en se lavant les mains après être passés aux toilettes installées autrefois à l’extérieur, voulaient jouir d’un petit moment de détente en écoutant le son des clochettes… C’est alors que ce système a été imaginé.
Mais aujourd’hui, le bruit du quotidien est devenu tellement important qu’il étouffe celui de la caverne musicale. Alors on y a placé des micros pour mieux entendre ce son, à l’origine naturel je vous le rappelle…un comble, vous ne trouvez pas ?
C’est comme les pruniers qu’il était autrefois souvent coutume de planter autour des toilettes. Quand vous reveniez des toilettes en plein hiver dans un froid glacial, c’est alors que le parfum des pruniers parvenant aux narines étaient très agréables. Voilà pourquoi on installait des arbres très odorants. Mais cela a totalement disparu aujourd’hui, et puisque plus personne ne se demande pourquoi les choses sont comme elles sont, qu’est-ce que vous voulez y faire ? »
L’art des jardins perdurera à jamais
La nécessité de créer des jardins disparaît peu à peu pour les gens d’aujourd’hui. Quel avenir attend les jardiniers ?
« Je n’adapte pas mes jardins au mode de vie moderne. Même pour une maison individuelle, puisque toutes les fonctions de la vie sont à l’intérieur de la maison, l’interface avec l’extérieur s’est extrêmement réduit. Et tout ce que vous pouvez voir en bas d’un appartement dans un grand immeuble est totalement plat. Néanmoins, à quelque époque que ce soit, on a tous besoin d’un espace où se débarrasser de toute lourdeur, aussi réduit soit-il. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous passer des jardins traditionnels. Le savoir-faire de cet art se perpétue parce qu’il répond à cette nécessité.
Mais le problème, c’est que le travail lui-même s’est beaucoup simplifié. Il n’y a plus beaucoup d’occasions pour les artisans de pouvoir raffiner leur savoir-faire… et leur nombre est d’ailleurs lui-même est en forte diminution. Voilà ma plus grande inquiétude. »
(Interview et texte : Sawada Shinobu. Photos : Ôshima Takuya)
