Sano Tôemon est surtout connu pour son titre de Sakuramori, le « Protecteur des cerisiers » de nombreux lieux célèbres dans tout le pays. Il est l’actuel chef de la maison Uetoh Zôen, chargée de l’entretien des jardins de nombreux temples et sanctuaires, ainsi que ceux de particuliers ou de lotissements privés. Inquiet de la disparition progressive des jardins traditionnels et de l’essence de la culture japonaise, ce défenseur de la nature porte un regard sévère sur la société et son évolution.
Protecteur des jardins à Kyoto
Au Japon, tout le monde le sait : les meilleures architectures historiques japonaises sont à Nara, mais les meilleurs jardins japonais traditionnels, eux, sont à Kyoto. En effet, si les constructions de Nara se sont transmises quasiment inchangées jusqu’à nous dans leur style hérité de la Chine, au contraire, à Kyoto, les troubles à répétition tout au long de l’histoire, les destructions et les incendies n’ont laissés que très peu de structures anciennes rééllement intactes.
En revanche, de nombreux jardins d’époques très diverses ont survécu aux flammes des différentes guerres, ou ont été conçus lors de la reconstruction de temples ou de sanctuaires. D’autres encore ont vu le jour en tant que résidences secondaires de riches propriétaires à l’époque de Meiji (1868-1912). Sano Tôemon, XVIe du nom, 90 ans, veille sur ces innombrables jardins de Kyoto. Concepteur de jardins, il est connu comme le « Protecteur des cerisiers ». Comment en est-il arrivé à suivre cette voie ?
« C’est l’ancien chef de la maison, le XIVe Sano Tôemon, qui a commencé à collecter des cerisiers, les sakura que tout le monde aime au Japon. Comme on était encore à l’ère Taishô, les transports n’étaient pas encore aussi développés que maintenant, ni les infrastructures. Mais dès qu’il entendait dire qu’il y avait un beau cerisier à tel endroit, il allait aussitôt le vérifier de ses yeux. Et qu’importe le lieu ! La passion avec laquelle il s’intéressait à ces arbres lui valait le surnom par son entourage de véritable « fou des cerisiers ». Selon les dires, cette ardeur lui venait sans doute du danger qu’il ressentait quant à la destruction de la nature japonaise.
Les cerisiers que Tôemon XIV avait rassemblés avec tant de difficultés ont été répertoriés et classés par son successeur, le XVe du nom. Et moi-même, j’ai réuni ce travail sous forme d’une anthologie qui a été publiée. Mais c’est un travail qui se poursuit toujours. Nos employés établissent les documents du moindre nouveau sakura que nous découvrons, en dessinant minutieusement le moindre pétale, la moindre étamine. »
« D’une année à l’autre, un cerisier ne donne jamais des fleurs exactement de la même couleur. Si en voyant ses fleurs, les gens se contentent d’un "comme c’est beau", on oublie que le cerisier a dû œuvrer toute une année pour nous offrir ce spectacle… Pour ma part, j’aurais alors plutôt envie de lui dire "merci pour tous tes efforts".
Tout le monde adore le cerisier de la variété Somei Yoshino. Mais moi, je dis qu’on en a trop planté. On n’attache aucune importance aux insectes, ce qui a un mauvais impact sur la faune et la flore. En plantant 100 ou 200 arbres identiques, comment voulez-vous créer une harmonie dans cette uniformité ? Alors, les chenilles se mettent à pulluler, évidemment. Tout cela parce qu’on donne uniquement la priorité aux conforts des êtres humains… »

