Nozomi a choisi de quitter Tokyo pour le calme de la campagne japonaise. Agricultrice, elle menait une vie paisible jusqu’à ce que des sangliers ne viennent saccager ses cultures. Elle s’est alors décidée à leur faire face. Grâce à l’aide de « vétérans », elle est devenue piégeuse, et présente son quotidien à travers une chaîne YouTube aux nombreux adeptes, tous charmés par son courage et ses techniques.

En situation de burn-out à Tokyo

Nozomi n’a pas une vie de tout repos : agricultrice, professeure de yoga et piégeuse de sangliers. Et c’est cette dernière activité qui l’a faite connaître sur YouTube, avec sa chaîne, Nozomi’s Kari Channel.

Nozomi admet avoir encore beaucoup de choses à apprendre. Il y a quelques années encore, elle habitait et travaillait à Tokyo. La mort de son grand-père lui a fait voir les choses autrement. Elle a quitté le tohubohu de la capitale pour le calme et la volupté de la campagne.

Lorsqu’elle vivait encore à Tokyo, Nozomi s’était retrouvée comme happée par la folle spirale du quotidien, comme beaucoup d’autres personnes. Son diplôme en poche, elle décroche un travail de commerciale dans une entreprise, mais elle n’a plus un moment à elle. Ses journées se suivent et se ressemblent : elles commencent tôt pour s’éterniser jusque tard dans la soirée à son bureau, l’obligeant bien souvent à prendre le dernier train pour rentrer. Concernant ses repas, ce n’est pas mieux puisqu’elle mange sur le pouce quand elle en a le temps, et encore rien de très sain ni élaboré, généralement des nouilles instantanées achetées à la hâte dans une supérette du quartier. Après plusieurs années, ces cadences infernales deviennent dangereuses pour Nozomi : elle a pris dix kilos et s’est retrouvée au bord de la crise de nerfs.

Inquiets de l’état de santé de leur petite-fille, les grands-parents de Nozomi lui envoient quelques légumes cultivés à l’exploitation familiale d’Ibaraki (au nord-est de Tokyo), mais son grand-père décède peu de temps après. Elle promet alors à ses cousins d’aider sa grand-mère à la ferme. Lasse, la vieille dame ne pouvait plus s’occuper seule des champs plus longtemps.

Nozomi se met également au yoga pour tenter de rester en forme, tout en préparant son installation à Ibaraki. Elle finira même par obtenir sa licence et devenir professeure de yoga. Après dix ans passés à Tokyo, elle déménage. Sa décision est prise : Nozomi veut gagner sa vie en cultivant les terres de ses ancêtres tout en enseignant le yoga.

La communauté conviviale de la campagne japonaise

Nozomi appréhendait sa nouvelle communauté d’adoption : la plupart étaient plus âgés qu’elle, avec des idées plus traditionnelles. Mais ses peurs ont vite été dissipées. « Cela ne leur a fait ni chaud ni froid, dans le bon sens du terme », raconte-t-elle. « Dès le début, ils m’ont bien accueillie et sont venus me parler pendant que je travaillais dans les champs. »

Nozomi se souvient avec émotion de leur générosité : « S’ils cultivaient un type de légume que moi je ne cultivais pas, ils en prenaient un ou deux dans leur champ et me les donnaient. » Une façon d’interagir bien différente de ses expériences à Tokyo.

En effet, lorsqu’elle habitait dans la capitale, elle ne communiquait que peu voire pas avec ses voisins, par souci de respect pour leur vie privée. À la campagne néanmoins, Nozomi a été surprise de voir comment les membres de la communauté veillaient les uns sur les autres.

L’agriculture en elle-même a également changé sa façon de penser. À Tokyo, elle réfléchissait peu à la façon dont les fruits et légumes des rayons des supermarchés étaient cultivés. « Jamais je n’avais pensé aux pesticides et autres produits chimiques qui sont utilisés dans l’agriculture industrielle. Mais cultiver mes propres légumes m’a ouvert les yeux » confie-t-elle. Elle cultive ainsi des légumes sains et nutritifs, à l’abri de toute substance potentiellement mauvaise pour la santé. Et même pour les parasites, Nozomi a choisi de se tenir à l’écart des produits chimiques. Cependant, un parasite, et de taille, lui donnait du fil à retordre : le sanglier.

Obtenir un permis pour piéger les sangliers, ennemis des agriculteurs

Nozomi se souvient avoir entendu d’autres agriculteurs se plaindre des dégâts causés par les sangliers à leurs cultures. Mais au début, les bêtes ne s’aventuraient pas dans ses champs. Elle croyait, bien naïvement, qu’elle ne serait jamais concernéé, jusqu’à ce qu’elle découvre un jour ses plants d’arachides, qui étaient presque prêts à être récoltés, complétement saccagés. « Je suis restée bouche bée » se souvient-t-elle. « Les sangliers avaient dévoré absolument tout ce qui se trouvait sur leur passage. Des buissons aux les racines, il ne restait plus rien. »

Il fallait alors trouver une solution au plus vite. Dans un premier temps, elle a fait quelques recherches sur internet et a fini par dresser une clôture électrique autour de ses cultures. C’est certes une technique efficace mais seulement à petite échelle et qui a son coût tant pour la pose que pour l’entretien. Par ailleurs, beaucoup d’agriculteurs plus âgés ne pouvaient se permettre de tels frais ou n’avaient plus la condition physique nécessaire... Ces clôtures n’étaient pas non plus une solution miracle, les sangliers étant devenus trop nombreux.

Comment s’attaquer au problème tout en rendant également service à la communauté tout entière ? Sa décision était prise, elle allait devenir chasseuse.

En 2018, elle obtient son permis de piégeage, ajoutant une nouvelle corde à son arc. La chasse s’ajoute à son emploi du temps déjà bien chargé d’agricultrice et de professeur de yoga. Pour elle, poser des pièges correspondait plus à son style de vie, plutôt que d’abattre directement des sangliers. Cela avait l’avantage de ne nécessiter qu’un investissement matériel minime, et les techniques pour manipuler les pièges étaient plus accessibles aux débutants comme Nozomi que les armes à feu, dont la possession est très réglementée au Japon (elle finira quand même par obtenir son permis de chasse au fusil en 2019).

Un piège à sanglier
Un piège à sanglier

Sans vraiment s’en rendre compte, elle s’est rapidement retrouvée dans la bande locale de piégeurs : des « vétérans » d’environ 70 ans. « J’étais en contact avec quelques chasseurs de mon âge en ligne, mais ceux qui étaient actifs dans la région étaient plutôt âgés. » Nozomi a alors compris que la chasse seule ne serait pas suffisante pour remédier au problème des sangliers. Il fallait une nouvelle génération de piégeurs.

Le succès de sa chaîne YouTube

Trouver de nouvelles recrues était plus facile à dire qu’à faire. La moyenne d’âge de la population de la région augmentait rapidement et les agriculteurs prenaient tour à tour leur retraite, laissant même pour certains, faute de repreneur, leurs terres à l’abandon. Les champs en jachère et leur végétation luxuriante étaient un environnement extrêmement propice à la prolifération des sangliers, représentant une menace, cette fois-ci durable, pour l’agriculture locale. Prenant pleine conscience de la situation, et dans l’espoir de sensibiliser la jeune génération à ce problème, Nozomi a décidé de créer sa chaîne YouTube.

Dans ses vidéos, Nozomi présente différents aspects du piégeage ; des outils qu’elle utilise aux techniques de pose des pièges. On peut également y voir des sangliers pris dans ses pièges. La viande de ces animaux est aussi présentée dans des séquences de cuisine. Nozomi se félicite du nombre d’adeptes grandissant de sa chaîne. Elle admet que si certains fans sont attirés par une nouvelle chaîne présentée par une femme, de nombreux autres piégeurs dans tout le Japon regardent également ses vidéos. Les nombreux commentaires positifs sur sa chaîne sont une véritable source d’encouragement, avec en prime de précieux conseils de la part de chasseurs aguerris.

Nozomi insiste sur le fait qu’elle veut présenter une image réaliste de la chasse. Mais elle reste prudente car montrer des scènes de sangliers piégés et leur mise à mort n’est pas un sujet à prendre à la légère. « Les opinions sur le traitement des animaux sont très variées. La chasse peut être un sujet sensible. »