Situation inchangée à Fukushima Daiichi

Néanmoins, la situation problématique de la centrale Fukushima Daiichi n’est toujours pas résolue. La situation à l’intérieur des réacteurs 1 à 3, dans lesquels le cœur a fondu n’est toujours pas connue avec précision. Le problème de l’eau contaminée dont les quantités continuent à croître est toujours extrêmement grave. Diverses méthodes comme le pompage par des drains de collecte ou des murs de rétention par congélation des sols sont mobilisées, mais ce problème de l’eau contaminée est complexe.

Des réservoirs d’une capacité de 1 000 tonnes d’eau contaminée chacun couvrent tout le terrain de la centrale. Ils sont actuellement au nombre d’ un millier. Mais sachant qu’un réservoir est plein en 3 jours, on voit très bien que viendra bientôt le jour où il ne sera plus possible de stocker cette eau contaminée dans l’enceinte de la centrale.

Comment endiguer l’eau souterraine qui s’écoule sous les bâtiments de la centrale et comment l’empêcher de se contaminer, tel est l’un des grands problèmes qui se posent pour procéder au démantèlement du site. En outre, les négociations pour l’acquisition de nouveaux terrains qui permettraient de construire plus de réservoirs n’avancent que lentement, et il reste encore le problème d’assurer l’engagement de travailleurs qualifiés pour les travaux de démantèlement de la centrale, partis pour durer encore une quarantaine d’années.

La défiance envers Tepco

Alors que la reconstruction des régions sinistrées avançait pas à pas, une information assez incroyable émanant de Tepco a été publiée : il existait un manuel détaillant la définition de la fusion du cœur du réacteur, mais voilà cinq ans qu’il était laissé dans un tiroir. Tepco a traité la situation comme « endommagement des combustibles », un incident pré-fusion, alors même que les cœurs des réacteurs 1 à 3 avaient bel et bien fondu.

Tepco a mis un mois et demi avant de reconnaître que les cœurs avaient fondu. Et même si Tepco se défend d’avoir « caché l’information », les habitants de la préfecture ne peuvent s’empêcher de se dire « Cinq ans après l’accident, il est bien tard pour nous avouer que vous le saviez ». Il serait temps que Tepco s’explique de façon convaincante devant les citoyens.

La réalité ne filtre pas hors de la préfecture

Cinq ans après les faits, j’en suis à penser que la conscience de la réalité entre les gens de Fukushima et les gens de l’extérieur de la préfecture, loin de se rejoindre, est en train de faire le grand écart. Dès que l’on parle avec des gens de l’extérieur, on peut être à peu près certain de se faire dire : « C’est terrible ce qui vous arrive avec l’accident de la centrale ». Cela part d’un bon sentiment, j’en suis sûr, et c’est bien aimable de penser encore à Fukushima. Mais il y a tout de même de quoi être surpris que la plupart des gens hors de Fukushima restent encore avec à l’esprit l’image des explosions d’hydrogène et des ouvriers de décontamination et de démantèlement sous leurs combinaisons de protection, c’est-à-dire des images qui datent de tout de suite après l’accident.

Certes, de nombreuses personnes vivent comme des réfugiés, et les difficultés ne changent pas, mais il y a quand même une forte volonté de faire bouger les choses dans le sens de la reconstruction. Cette image a des difficultés à se transmettre. La majorité des habitants de Fukushima ont repris leur vie d’avant l’accident et mènent une vie tout à fait normale. En tant que travaillant pour une chaîne de télévision des zones touchées, je ressens un certain agacement quand je sens que des informations précises et correctes sur la vie à Fukushima ne sont pas correctement transmises aux gens des autres préfectures.