Du plan de carrière au plan de vie
Dans un tel environnement, les difficultés rencontrées par les jeunes étudiantes dans leur recherche d’emploi sont importantes. Elles ont trop de choix. La filière généraliste d’une grande société, ou la celle qui mène à un futur poste d’encadrement dans une PME ou une start-up. Un poste de généraliste ou de spécialiste ? Et pour celles qui viennent de province, une recherche d’emploi dans leur région d’origine ou dans une des métropoles japonaises ? Il va sans dire que parallèlement à ces possibilités, un certain nombre d’étudiantes ne renoncent pas à leur rêve d’enfant, devenir hôtesse de l’air ou travailler à la télévision. Dans le cas des filles, nombreuses sont celles qui ne réfléchissent pas seulement à la société pour laquelle elles souhaitent travailler, à l’emploi qu’elles souhaitent occuper, mais aussi à la vie qu’elles veulent mener. Les aspirations qu’elles expriment changent aussi. Ces dernières années, le nombre de celles qui disent vouloir travailler toute leur vie connaît une augmentation remarquable.
Peut-être parce que je travaille dans une université féminine, la moitié des étudiantes de première année disent qu’elles souhaitent, après qu’elles auront terminé leurs études, trouver un emploi dans la filière généraliste d’une grande société, puis se consacrer à leur foyer et à l’éducation de leurs enfants, et retrouver du travail à temps partiel quand leurs enfants auront grandi. Mais au fur et à mesure qu’elles avancent dans leurs études, elles ne tiennent plus en général le même discours. Les raisons qui les font changer d’avis sont les suivantes : elles disent ne pas être certaines de pouvoir marier, de réussir à gagner leur vie si d’aventure elles divorçaient, ou encore d’être capable de faire face au cas où l’entreprise de leur mari lançait un plan de restructuration ou si elle faisait faillite. Les étudiantes qui ont vécu de telles situations dans leurs familles ne sont plus rares. De plus, les médias abordent souvent la pauvreté des mères célibataires, et elles se sentent concernées.
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La conscience de leurs parents a aussi évolué. Ils sont moins nombreux à dire : « Notre fille n’est pas une bosseuse, et elle n’a pas non plus besoin de l’être. Le mieux pour elle serait de travailler comme OL, puis de cesser quand elle se mariera. » Cette façon de penser était typique de l’ère Shôwa. Mais de plus en plus de participants aux séminaires de recherche d’emploi destinés aux parents, qui fleurissent depuis la crise financière de 2008, disent qu’ils voudraient que leurs filles trouvent un travail qui lui permette de gagner leur vie toute leur vie, même si ce n’est pas pour une entreprise de premier rang.
J’en ai déjà parlé la dernière fois, mais la stagnation de l’économie japonaise et l’accélération du vieillissement démographique favorisent sans doute le changement des modes de travail. Au niveau des politiques gouvernementales, comme à celui des entreprises qui peinent à recruter la main-d’œuvre dont elles ont besoin, ainsi qu’à celui du revenu des foyers qui tend à baisser, on a besoin que les femmes travaillent. Cela fait que les choix avantageux ne sont pas les mêmes que l’on opte pour la voie de femme au foyer comme dans la génération précédente ou pour celle qui permet de travailler toute sa vie. Il est donc important d’avoir non pas un plan de carrière mais un plan de vie, et donc que l’on se pose la question de savoir si le futur employeur permettra le travail, mais aussi le mariage et la maternité.
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