Le statut de femme au foyer, un symbole de richesse ?

On lit souvent des articles affirmant que les jeunes filles ont de plus en plus le désir de devenir femme au foyer. Est-ce vraiment le cas ? Lorsque je pose la question aux jeunes étudiantes, la majorité me répond qu’une vie de femme au foyer leur paraît ennuyeuse, et qu’elles préféreraient continuer à faire un travail intéressant. Rares sont celles qui me disent qu’elle souhaitent le devenir. Plus personne ne parle comme autrefois de contribuer au travail domestique. Il ne fait aucun doute que les étudiantes qui passent plus de temps à faire des petits jobs et à s’amuser qu’à se consacrer à leur études sont celles qui une fois qu’elles quittent l’université deviennent des barikyari (comme on appelle les femmes qui ont un haut niveau d’études et font de leur carrière la priorité).

Les femmes de la génération de leurs mères pouvaient choisir de devenir uniquement femmes au foyer ; c’était une option réaliste et pratique. Mais ces dernières années, le revenu des hommes a tendance à baisser, et il n’est plus rare que leurs épouses travaillent. Il me semble que la jeune génération interprète l’expression « femme au foyer » de cette façon : « Femme au foyer ? Volontiers ! À condition d’en avoir les moyens. » Cela signifie en d’autres termes devenir une épouse appartenant à la classe fortunée. Il est possible que devenir femme au foyer soit devenu une perspective inaccessible, étant donné que seules les familles à hauts revenus peuvent se le permettre.

Je demande chaque année aux étudiantes comment elles s’imaginent une fois qu’elles auront une trentaine ou une quarantaine d’années afin qu’elles envisagent leur plan de carrière à moyen terme. Nombreuses sont celles qui me décrivent, outre différentes professions, la poursuite d’un travail qui ait un sens, tout en ayant trouvé un partenaire de préférence à hauts revenus, et en s’occupant et de leur foyer et de leurs enfants. Elles ajoutent bien sûr qu’elles veulent continuer à être des femmes attractives quel que soit leur âge. Des superwomen, en d’autres termes.

Peut-on concilier travail et famille ?

Mais il faut surmonter de nombreux obstacles pour devenir une superwoman. Peut-on trouver un employeur désirable qui offre son soutien, un environnement professionnel avec des femmes qui réussissent déjà à cumuler ces deux objectifs ? A-t-on des parents prêts à offrir leur coopération en ce sens ? Les étudiantes qui viennent de province ont du mal à abandonner les attraits de la grande ville, alors que leurs parents préféreraient les voir revenir près d’eux. Mais la vie à Tokyo est trop chère. De nombreuses étudiantes mènent leur recherche d’emploi avec la ferme résolution de trouver un emploi de cadre, indispensable à leurs yeux pour pouvoir rester à Tokyo, en raison des salaires élevés qu’ils offrent (même si quelques-unes d’entre elles ont la chance exceptionnelle d’avoir des parents qui pourront continuer à payer leur loyer même une fois qu’elles auront terminer leurs études.) Cela conduit certaines étudiantes à choisir de mener leur recherche d’emploi non pas à Tokyo mais dans la région d’où elle viennent. Elles hésitent cependant souvent à le faire, car il y a moins de perspectives en province où les salaires y sont moins élevés, et plus encore parce que l’ambiance y est plus conservatrice et que les hommes y reçoivent un traitement de faveur.

On ne saurait trop dire que les entreprises et le gouvernement doivent faire en sorte de créer un environnement qui favorise le travail des femmes. Mais à l’heure actuelle, alors même que les choses évoluent rapidement, les jeunes femmes doivent avoir une approche plus stratégique que les jeunes hommes dans leur recherche d’emploi.

(D’après un original en japonais du 1er mai 2016. Photo de titre : les étudiant présents à la cérémonie de fin d’études de l’Université de Tokyo, le 25 mars 2016 dans l’arrondissement de Bunkyô à Tokyo. Jiji Press)
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(*1) ^ Le taux d’accès à l’enseignement supérieur (universités offrant un cursus de quatre ans) était en 2013 de 54 % pour les garçons, et de 45,6 % pour les filles (chiffre qui passe à 55,2 % quand on inclut les universités offrant un cursus de deux ans).

(*2) ^ L’image de ce « cadre général » est souvent associée à celles qu’on appelle les OL, abréviation d’Office Ladies, c’est-à-dire des employées chargées de servir le thé et de faire des photocopies, même si en réalité elles sont chargées de tâches de haut niveau, bien que leur avancement au sein de leur société soit souvent bien plus lent que celui de leurs collègues masculin, et leur salaire moins élevé.