Le Dit du Genji en japonais contemporain et en anglais

Après l’entrée dans l’ère Meiji, Le Dit du Genji a continué à délivrer des messages adaptés au Japon moderne.

Yosano Akiko (1878-1942) s’est intéressée aux souffrances des femmes aimées par Hikaru Genji. Jusqu’à présent, seuls des hommes s’étaient penchés sur ce texte : Fujiwara no Teika, Sôgi, Kitamura Kigin et Motoori Norinaga. Ils en avaient tiré, du point de vue du héros, un message adapté à la vie de leur temps.

Yosano Akiko (collections de la Bibliothèque de la Diète)
Yosano Akiko (collections de la Bibliothèque de la Diète)

Au XIe siècle, quand Le Dit du Genji a été écrit, les hommes étaient polygames. Mais dans la société moderne de l’époque de Yosano Akiko, la monogamie est de mise. Cela ne change rien pour autant aux souffrances de l’amour, un point auquel elle s’est intéressée.

Si les femmes n’arrivent pas à atteindre le bonheur, dans la polygamie comme dans la monogamie, que signifie le mariage ? Est-il impossible que l’amour entre un mari et son épouse serve de base aux relations humaines ? Telle est l’interrogation partagée par Murasaki Shikibu et Yosano Akiko, à 900 ans d’écart. Pour cette dernière, Le Dit du Genji n’est ni un traité sur la paix ni un ouvrage philosophique sur la sensibilité à l’éphémère, mais un livre sur la souffrance féminine. Il s’agit là d’un retour aux sources.

Yosano Akiko traduit Le Dit du Genji en japonais moderne, lui offrant ainsi un nouveau lectorat, plus large. Transcrit dans un langage courant, dans la langue de tous les jours, il touche les lecteurs au même titre que les romans de l’époque. Ce grand classique de la littérature renaît ainsi et entre de plain-pied dans la littérature contemporaine, dans laquelle il trouvera écho sous la plume de nombreux écrivains comme Tanizaki Junichirô (1886-1965), Enchi Fumiko (1905-1986), Tanabe Seiko (1928-2019), Hashimoto Osamu (1948-2019), Setôchi Jakuchô (1922-) ou encore Kakuta Mitsuyo (1967-).

Arthur Waley (1889-1966) participe aussi à cet élan avec une magnifique traduction en anglais. Dans l’entre-deux-guerres, il offre ainsi un rayon d’espoir à une civilisation européenne rongée d’interrogations.

Arthur Waley voit dans ce texte l’élégance d’une civilisation évoluée mais aussi une critique de cette même civilisation et de sa conscience de la crise. On peut y voir une relecture moderne des interprétations de Fujiwara no Teika et Sôgi.

Avec cette traduction anglaise, Le Dit du Genji s’inscrit dans la littérature mondiale. La joie de chercher un sens à notre présent à travers cet ouvrage est désormais partagée dans le monde entier.

「Recueil d’éventails illustrés sur le Dit du Genji, vol. 52 : l’éphémère (collections de l’Institut national de littérature japonaise). Kaoru (le fils de Hikaru Genji), victime d’un chagrin d’amour, traverse les appartements de ses épouses, où il tient une conversation érudite avec l’une d’entre elles
「Recueil d’éventails illustrés sur Le Dit du Genji, vol. 52 : l’éphémère (collections de l’Institut national de littérature japonaise). Kaoru (le fils de Hikaru Genji), victime d’un chagrin d’amour, traverse les appartements de ses épouses, où il tient une conversation érudite avec l’une d’entre elles.

(Voir également notre premier article : « Le Dit du Genji » [1] : LE grand classique aux fondements de la culture japonaise)

(Photo de titre : recueil d’éventails illustrés sur Le Dit du Genji, vol. 45 : les jouvencelles du pont. Un soir d’automne, alors que Kaoru voit par hasard de sublimes sœurs jouer du koto en contemplant la lune, il sent naître un amour qui l’ancre dans ce monde. Collections de l’Institut national de littérature japonaise )