Le rituel de la grotte

Penchons-nous en détail sur la manière dont Amaterasu sortit de la grotte.

Le rituel effectué à l’extérieur de la grotte est dirigé par le dieu de la sagesse, Omoikane. À cette époque, deux divinités fabriquèrent le miroir sacré (Yata-no-kagami) et le joyau (Yasaka-no-magatama), qui sont deux des trois objets des regalia impériaux. Le troisième, à savoir l’épée sacrée (Kusanagi-no-tsurugi), apparaît dans un épisode ultérieur du récit de Kojiki.

Deux autres dieux effectuèrent une sorte de divination, brûlant l’os de l’épaule d’un cerf sur l’écorce d’un cerisier, puis lisant dans les fissures qui s’étaient formées. Ils firent ensuite respectivement des offrandes et une prière rituelle. Ensuite, la déesse Ame no Uzume entra dans une frénésie, découvrant ses seins et laissant tomber sa jupe pendant qu’elle dansait. Les références directes à sa poitrine et à ses parties génitales découlent du culte de la force vitale des femmes en tant que porteuses d’enfants, une force qui a le pouvoir de ramener le monde à la normalité. Alors qu’Ame no Uzume dansait, les huit cents myriades de dieux éclatèrent de rire en disant à Amaterasu, maintenant inquiète, qu’il existait une divinité plus puissante qu’elle. Quand un autre dieu tendit le miroir, Amaterasu pensa apercevoir la « divinité puissante » dont ils parlaient... alors qu’elle contemple en vérité son propre reflet ! Douteuse, elle se rapprocha de la sortie de la grotte, et un dieu à une force de bras incroyable la prit par la main puis la tira à l’extérieur. Et le soleil fit à nouveau apparaître ses rayons sur le monde.

Amaterasu serait donc l’ancêtre des empereurs du Japon, et de la même manière, plusieurs des dieux de l’histoire seraient les ancêtres des principaux clans. Ainsi, l’image d’un empereur du VIIIe siècle entouré de clans de soutien de la cour Yamato est reproduite dans le récit légendaire du Kojiki.

Certains suggèrent que l’histoire de la disparition et de la renaissance du soleil est basée sur les phénomènes naturels des éclipses ou du solstice d’hiver. Il est facile d’imaginer que le choc d’une éclipse totale de soleil ait été une source d’inspiration, mais il semble peu probable que la légende se fixe en raison d’un événement aussi rare, et sans la répétition nécessaire pour transmettre l’histoire à travers les générations. Bien que ce ne soit pas aussi spectaculaire, il est probable que le cycle naturel du retour du printemps après la diminution de la force du soleil jusqu’au solstice d’hiver est à la source de cette légende.

Légitimer le pouvoir des empereurs

Le sanctuaire d’Ise est dédié à Amaterasu en tant que divinité nationale la plus importante. Cette déesse a fait toutefois preuve de respect envers des dieux non spécifiés. Juste avant l’histoire de la grotte figurant dans le Kojiki, Amaterasu est décrite comme travaillant à la confection de vêtements célestes. Pour qui ces vêtements étaient-ils ? Dans le Nihon Shoki (« Chronique du Japon »), une autre histoire ancienne, Amaterasu est également connue sous le nom de Ôhirume. Certains suggèrent que ce nom pourrait être lu comme décrivant une miko, une jeune fille du sanctuaire, vénérant un dieu solaire masculin. Elle aurait ensuite été promue au rang de déesse solaire.

Comme il existe de nombreux exemples de dieux du soleil dans les mythes du monde entier, cette théorie pourrait être justifiée. Ainsi, des traces d’une Amaterasu de statut inférieur apparaissent parfois dans les légendes. Le Kojiki a été écrit pour légitimer le pouvoir rituel de l’empereur sur l’État. Théoriquement, il aurait dû être impossible d’attribuer l’autorité à un seul homme sur des personnes avec tant de valeurs et de croyances différentes à travers les îles japonaises. Pourtant, la hiérarchie d’Amaterasu et des dieux inférieurs reflétait celle de la cour impériale dont ils étaient censés être les ancêtres, présentant l’empereur comme unissant la pensée religieuse du pays. En étant considéré comme un descendant de la déesse du soleil, l’empereur a vu sa position et son pouvoir assurés pour les siècles à venir.

(Photo de titre : le portique torii du sanctuaire d’Ise, dédié à Amaterasu. Pixta)