À vélo, partager une tranche de vie des locaux

Yamada s’est mis alors à la recherche des trésors cachés de Hida-Furukawa. Finalement, au lieu de faire venir de gros cars pleins de touristes, il s’est axé sur les voyageurs qui cherchaient à intéragir avec les habitants. En 2009, il a mis en place Hida Satoyama Cycling Tours. Au départ, c’était un service de location de vélos, avec tout juste trois vélos à disposition. Les touristes recevaient une carte avec un itinéraire qu’ils suivaient tous seuls.

Ce concept d’une découverte indépendante, sans guide, aurait peut être marché à Kyoto, mais les touristes sont peu nombreux à Hida. Voyant qu’une plus-value était nécessaire, Yamada a mis en place des accompagnateurs.

J’ai participé à une visite guidée avec quatre visiteurs américains. Nous sommes partis à 14 heures, le long d’une rue bordée d’anciens entrepôts aux murs blancs et de distilleries de saké. La ville est construite selon un plan en damier, comme dans les anciennes villes fortifiées. La rivière Seto qui sillonne la ville est remplie de carpes koi, rien de tel pour enrichir les prises de vue pittoresques.

La rivière Seto est appréciée par les touristes. Des carpes de couleurs variées brillent comme des bijoux, contrastant avec les murs blanchis à la chaux des entrepôts. (Photo avec l’aimable permission de l’Office de tourisme de Hida)
La rivière Seto est appréciée par les touristes. Des carpes de couleurs variées brillent comme des bijoux, contrastant avec les murs blanchis à la chaux des entrepôts. (Photo avec l’aimable permission de l’Office de tourisme de Hida)

Notre guide nous raconte que ce lieu est privilégié par les visiteurs, bien que les carpes ne soient pas là pour l’agrément. Au départ, des résidents souhaitaient embellir la rivière. Ils y ont lâché 230 carpes pour décourager le déversement illégal de déchets. De nos jours, il y a environ un millier de carpes dans la rivière et, au fil des années, des groupes de bénévoles habitant le long du cours d’eau y ont installé des lanternes et des points d’alimentation.

Il neige énormément dans la région de Hida en hiver, et les chasse-neiges vident la neige dans la rivière Seto. Les carpes sont donc transférées vers un étang avoisinant à partir de la fin novembre jusqu’à début avril. Des bénévoles aident au transfert, et cette initiative est devenue le symbole de l’arrivée de l’hiver et du retour du printemps.

Toutefois, les randonnées à vélo ne se limitent pas à la contemplation de beaux paysages, loin de là... Ce sont les haltes permettant de découvrir le quotidien et les coutumes des habitants qui nous ont vraiment intéressés.

L’accompagnateur raconte la rivière et les efforts des habitants. (© Demachi Yuzuru)
L’accompagnateur raconte la rivière et les efforts des habitants. (© Demachi Yuzuru)

Pendant que l’accompagnateur nous parlait, nous avons vu passer des enfants avec des randoseru, les cartables scolaires omniprésents au Japon, et des vieilles dames étaient en pleine discussion au coin de la rue. Là, nous avions véritablement l’impression de goûter à une tranche de vie quotidienne des résidents de cette ville provinciale, et non à une mise en scène spéciale pour les touristes.

Nous avons poursuivi notre chemin vers les abords de la ville. Un agriculteur, nous voyant passer, nous a salué d’une konnichi wa (bonjour).

Les cyclistes s’arrêtent le long du chemin pour écouter les explications de l’accompagnateur.  (© Demachi Yuzuru)
Les cyclistes s’arrêtent le long du chemin pour écouter les explications de l’accompagnateur. (© Demachi Yuzuru)

Libérer le potentiel inexploité du Japon

Les visiteurs étrangers ont été ravis quand un agriculteur rencontré sur la route a offert un kaki à chacun d’entre eux. Grâce à l’accompagnateur qui jouait également le rôle d’interprète, les échanges avec les résidents étaient bien agréables.

Nous nous sommes ensuite arrêtés dans une ferme qui élève du bœuf de Hida. Avec les mondialement connus bœuf de Matsuzaka et bœuf de Kobe, les Américains étaient réellement curieux de connaître la différence entre les variétés.

La plupart des accompagnateurs des randonnées de Hida Satoyama Cycling Tours ont vécu à l’étranger et parlent couramment anglais, se donnant la peine d’expliquer en détail le mode de vie, les traditions, et la culture de Hida-Furukawa, parfois même avec des illustrations. La randonnée typique dure trois heures et demi et coûte 8 100 yens (55 euros). Elle permet à toute personne venue de loin de faire l’expérience d’un quotidien totalement différent de celui de Tokyo ou Osaka.

Pour séduire les visiteurs étrangers, il faut d’abord que les résidents donnent vie à leur propre ville. Avoir la chance de témoigner de leur quotidien est un merveilleux attrait pour les touristes. Et qu’importe qu’il n’y ait pas de temples ou de parcs célèbres.

Hida-Furukawa nous donne ainsi une bonne leçon pour libérer le potentiel inexploité du Japon.

(Photo de titre : © Demachi Yuzuru)