Sa force dans les grandes courses dépasse-t-elle celle de Take Yutaka ?

Il suffit que Lemaire monte un cheval pour que celui-ci voie sa cote s’envoler. Ce à quoi le jockey répond : « Le fait de monter le cheval favori d’une course me donne de meilleures chances de gagner, c’est une situation extrêmement favorable, j’en suis très content ». Et effectivement, cette force mentale qui ne considère la popularité du public que comme un tremplin et pas du tout comme un fardeau, semble surpasser celle du Take Yutaka de la grande époque.

Pas seulement parce que la moyenne de ses résultats est excellente. La diversité des stratégies de course qu’il est capable de transformer en victoire est surprenante. Par exemple, sa remontée sur le leader Contrail au Kikuka-shô à l’automne 2020, alors qu’il montait Aristoteles : il a maintenu la pression toute la course sur le leader dans son angle mort, puis a lancé son attaque dans la dernière ligne droite avec un timing parfait alors que l’endurance de son adversaire atteignait sa limite. Et même si Contrail a néanmoins gardé l’avantage d’une encolure jusqu’au bout, il s’en est fallu de peu. On comprend que de nombreux afficionados tremblent à sa vue !

En 2019, à l’occasion de l’une de ses trop rares venues au Japon, j’avais demandé à Christophe Soumillon, un jockey belge au top des courses de plats en France depuis de longues années ce qu’il pensait de Lemaire.

« Son style n’a pas énormément changé par rapport à l’époque où il était en France, m’a-t-il dit. Le plus impressionnant, c’est qu’il ait si bien étudié les courses japonaises jusqu’à s’y sentir parfaitement à l’aise. Il y a énormément à apprendre de lui, car j’aimerais bien moi aussi tenter d’obtenir la licence annuelle au Japon. »

Christophe Lemaire, qui est venu de France et a fait d’énorme progrès au Japon, est d’ores et déjà un jockey « japonais ». Et quand j’entends des jockeys de classe mondiale dire tout le bien qu’ils pensent de lui, j’en ressens un très grand plaisir. Je suis sûr que les fans comprennent ce sentiment.

(Photo de titre : le jockey Christophe Lemaire après sa victoire lors du 162e Tennô-shô d’automne le 1er novembre 2020. Photo Sports Nippon Shimbun / Jiji Press)

Voir également notre ancienne interview : Christophe Lemaire, le jockey français qui triomphe au Japon