Une addicte aux compétitions

Après les JO de Rio, Ikee continue de progresser. Aux championnats du Japon de 2017, elle se présente dans 5 catégories : 50 m, 100 m et 200 m nage libre, 50 m et 100 m papillon. Au cours des quatre jours de la compétition, elle remporte les 10 courses auxquelles elle participe et repart avec cinq médailles d’or, une première dans l’histoire du tournoi.

L’année suivante, elle se présente dans six catégories (50 m et 100 m nage libre, 50 m et 100 m papillon, relais 4 x 100 m nage libre et 4 x 100 m quatre nages) et les remporte toutes. Elle est la première nageuse à remporter six médailles d’or et se voit décerner le titre de MVP (most valuable player) des championnats. Même si on se limite aux bassins olympiques de 50 mètres, le fait qu’Ikee ait amélioré 28 fois les records du papillon et de nage libre est en soi phénoménal.

Ikee Rikako jouit sans doute d’excellentes qualités physiques, mais ce qui a le plus stimulé son développement fulgurant, c’est son amour sans pareil pour la natation. Depuis son plus jeune âge, Ikee est quelqu’un qui aime la compétition.

Il suffit de voir comment elle a enchaîné les compétitions après les JO de 2016 : le jour même de son retour de Rio, elle se rend directement à Hiroshima depuis l’aéroport de Haneda afin d’être à temps pour les championnats nationaux des lycées, qui débutaient le lendemain. Elle continue ensuite à participer à des compétitions à un rythme hebdomadaire, comme les Junior Olympics (compétition organisée par le comité national olympique japonais) ou le festival national des sports du Japon. N’importe quel athlète voudrait se reposer après une compétition aussi importante que les JO.

Interrogée sur son calendrier qui semblait impossible à tenir, Ikee était prompte à répondre :

« Je ne me sens pas spécialement fatiguée... Bien sûr, mon corps est exténué à la fin d’une course, mais à la fin d’un tournoi, je ne me sens jamais fatiguée. J’attends avec impatience la prochaine compétition car je sens que je peux encore tellement m’améliorer. En fait, c’est quand une compétition se termine et que je rentre chez moi que j’ai le plus hâte d’y retourner. »

Déjà une nageuse hors normes à bien des égards, Ikee terminait 2018 avec un palmarès impressionnant et voyait se profiler une nouvelle année 2019 pleine d’espoir pour son entrée à l’université, suivie par les Jeux olympiques de Tokyo de 2020.

Une évolution stoppée net par la maladie

C’est en plein camp d’entraînement d’avant-saison, qui se tenait en Australie au début de l’année 2019, que les premiers symptômes de sa maladie se sont déclarés.

Le 7 février, Ikee retourne précipitamment au Japon après un malaise, et cinq jours plus tard, elle annonce sur ses réseaux sociaux qu’elle est atteinte de leucémie. Elle annule tous les tournois sur son calendrier et se consacre entièrement au traitement de son cancer.

Cette nouvelle choc retentit dans tout le pays et le reste du monde, d’autant plus qu’elle était pressentie pour porter une nouvelle génération de nageurs.

Après un combat long et difficile contre la maladie, elle sort de l’hôpital en décembre 2019. Comme elle le dira plus tard, c’est un « miracle » qu’elle soit en vie.

Elle renonce aux Jeux olympiques de Tokyo et reprend doucement l’entraînement dans l’optique de se présenter aux JO de 2024 à Paris. Puis, le 29 août 2020, après un arrêt de 594 jours, elle retrouve la compétition avec le tournoi spécial de natation de Tokyo.

Repartant de zéro, elle s’entraîne avec assiduité, notamment le départ qu’elle travaille tous les jours sans faute, tout en continuant de se présenter à quelques tournois. Sept mois après son retour, l’heure était venue pour Ikee de participer aux championnats du Japon. C’est au cours de cette compétition qu’elle remporte sa première catégorie, le 100 m papillon, et saisit l’opportunité de se qualifier pour les Jeux Olympiques de Tokyo.

Mais sa performance ne s’arrête pas là. Elle enchaîne les victoires sur le 100 m nage libre, le 50 m papillon et le 50 m nage libre. Grâce à ses résultats, elle obtient un autre billet pour les JO de Tokyo, celui du relais 4 x 100 m nage libre, en plus du relais 4 x 100 m quatre nages.

Après avoir terminé sa dernière course, le 50 m nage libre, Ikee est radieuse : « Je m’étais dit que cette année serait la dernière où je perdrais au Japon, mais ces résultats dépassent mes espérances. Je suis très contente de moi-même. »

En remportant le 100 m papillon aux championnats nationaux du Japon, Ikee Rikako s'est qualifiée pour sa première catégorie aux Jeux olympiques de Tokyo, le 4 avril 2021. (Jiji Press)
En remportant le 100 m papillon aux championnats nationaux du Japon, Ikee Rikako s’est qualifiée pour sa première catégorie aux Jeux olympiques de Tokyo, le 4 avril 2021. (Jiji Press)

En repensant au long chemin de souffrance qu’elle a traversé entre l’annonce de sa leucémie jusqu’à aujourd’hui, on ne peut s’empêcher d’être admirateur : comment a-t-elle pu accomplir ce retour à la compétition de haut niveau, que les médias du monde entier qualifient de véritable « miracle » ?

Voici ce que la nageuse disait après les Jeux olympiques de Rio 2016 : « J’ai parfois des moments difficiles. Mais il y a aussi beaucoup de moments où je suis heureuse. Je sens que c’est grâce à la natation que j’existe. »

L’amour de la natation, en être indissociable : Ikee Rikako est quelqu’un qui doit retourner dans la piscine et dans la compétition car c’est là qu’elle se retrouve elle-même. C’est cette passion sans bornes qui a fait que son retour, touchant et inspirant, est un véritable miracle. Il ne reste plus que trois mois avant les JO de Tokyo et nous avons tous hâte de voir l’évolution de cette athlète hors du commun.

Ikee Rikako, rétablie d’une leucémie, a remporté 4 épreuves aux championnats nationaux du Japon, le 4 avril 2021. (Jiji Press)
Ikee Rikako, rétablie d’une leucémie, a remporté 4 épreuves aux championnats nationaux du Japon, le 4 avril 2021. (Jiji Press)

(Photo de titre : Ikee Rikako aux championnats nationaux de natation du Japon après sa victoire au 100 m papillon, le 4 avril 2021. AFP/Jiji Press)