Une réussite parisienne dont ils se sont réjouis à deux

La distance n’a rien changé au lieu qui les unissait.

« Au début, à Paris, je crois qu’il vendait ses dessins de mode. Comme lorsque nous étions étudiants, il allait dans les boutiques et les rédactions des magazines pour les montrer, et on les lui achetait. On s’est souvent dit que ce que nous avions essayé quand nous étions étudiants s’est révélé très utile. Et grâce à ses dessins qui étaient très appréciés, il a pu ouvrir sa propre boutique. Je l’ai soutenu de toutes mes forces. J’ai envoyé des collaborateurs à Paris pour l’aider, et j’ai participé au financement de son établissement. En me disant que je l’aiderais pendant quelque temps, même si ça ne marchait pas. Mais sa première collection a été un succès, et je n’ai plus eu à le faire. J’en ai été aussi heureuse que si c’était moi qui avais réussi. »

En 1970, Takada Kenzô a ouvert son magasin « Jungle Jap » dans la galerie Vivienne à Paris. Sa première collection a été un énorme succès, et son nom est devenu instantanément célèbre dans le monde de la mode. Koshino Junko analyse ainsi son succès :

« Quand il était au Japon, il était fasciné par la mode occidentale, comme nous tous. Mais je pense qu’une fois qu’il a quitté son pays, il a pris conscience de ses aspects positifs. Et la mode qu’il a proposée utilisait abondamment les motifs floraux des kimonos japonais. Au lieu de créer en volume, il concevait ses créations à plat, comme on le faisait au Japon. Les vêtements qu’il fabriquaient de cette manière paraissaient sans doute exotiques aux Parisiens. »

Elle ajoute que le fait qu’il vienne du monde des tailleurs a probablement été un autre de ses atouts.

« Avant lui, le monde de la mode était surtout celui de la haute couture. Mais la mode qu’il offrait était populaire, et facile à porter. Il était le leader du prêt-à-porter. Je pense que cette façon de travailler à permis d’inclure dans la mode des gens qui en étaient alors exclus. »

Les éloges d’Emmanuel Macron et Anne Hidalgo

Koshino Junko et Takada Kenzô ont continué à être très proches. Quand elle avait à faire à Paris, il l’hébergeait, et quand il rentrait au Japon, elle l’accueillait en famille.

« Il a eu un énorme succès, il est devenu célèbre, mais il est resté humble et n’a jamais été arrogant. C’est parce qu’il était comme ça que tout le monde l’adorait. Pour lui, les amis comptaient. Il a eu des moments difficiles en affaires, il a connu des revers. Il a toutefois continué à vivre comme il l’entendait, sans se départir de son sourire. Comme un héros de films, je trouve. »

Elle ajoute que même à plus de 80 ans, c’était un homme charmant.

« Plus il vieillissait, plus il était beau. Nous nous étions dit que puisque nous vieillissions tous les deux, nous ferions tout pour préserver mutuellement notre beauté. Et il n’est plus. Pour moi, il comptait encore plus que ma famille. Nous n’avions absolument pas le sentiment d’être des collègues ou des rivaux. Nous avions étudié ensemble, nous nous étions amusés ensemble, nous avions grandi ensemble. Puis nous avons voyagé ensemble, nous avons fait des bêtises ensemble. Le jour où il a perdu une personne qui lui était chère, nous avons passé la soirée ensemble en silence. »

Takada Kenzô avait vieilli sans rien perdre de son allure (AFP-Jiji)
Takada Kenzô avait vieilli sans rien perdre de son allure (AFP-Jiji)

Elle ajoute qu’elle est incapable de compter tous les souvenirs accumulés pendant soixante ans.

« Mais à cause du Covid-19, je n’ai même pas pu lui dire au revoir. C’est pour cela que quelque part, je n’arrive pas à accepter sa disparition. Ce qui m’aide, c’est l’éloge qu’a fait de lui le président Macron, en parlant de son côté joyeux, de son raffinement qui n’excluait pas l’exubérance, et de son élégance, et ce qu’a dit Anne Hidalgo, maire de Paris, “Paris pleure aujourd’hui l’un de ses fils.” Je me suis dit, bravo Kenzô, ton amour pour Paris et la France était payé de retour. Je pense que c’était pour lui la plus belle des récompenses. »

(Photo de titre : Takada Kenzô et Koshino Junko. Kyodo)