Yatsushiro Myôken-sai, la légende de la tortue-serpent

(Le 23 novembre, Yatsushiro, préfecture de Kumamoto)

Une tête de serpent jaillit du corps d’une tortue.
Une tête de serpent jaillit du corps d’une tortue.

On découvre souvent des créatures étranges lors des festivals japonais. Le festival de Myôken-sai remonte à plus de 500 ans, et se déroule à Yatsushiro, au centre de la préfecture de Kumamoto. Le personnage principal est le kida, une créature imaginaire au corps de tortue mais à tête de serpent, à qui les habitants ont attribué le sobriquet de Game.

Dans les textes bouddhiques, Myôken est en fait le Myôken Bosatsu, la divinité qui protège les enseignements. Durant son acheminement de l’Inde vers la Chine, il est devenu Genbu, la tortue noire protectrice de la direction du Nord dans les croyances taoïstes, qui considèrent l’étoile polaire comme empereur céleste. Il existe de nombreuses interprétations de la forme qui allie tortue et serpent, mais beaucoup pensent que Genbu représente longue vie et prospérité.

L’énorme créature féroce évolue à grande vitesse.
L’énorme créature féroce évolue à grande vitesse.

La légende dit que Myôken est arrivée à Yatsushiro en 680, monté sur une tortue-serpent kida. Depuis, il est vénéré au sanctuaire de Myôken-gû. Lors de la séparation du shintoïsme et du bouddhisme au début de l’ère Meiji, le nom est changé de Yatsushiro Myôken-gû à Yatsushiro-jinja (sanctuaire de Yatsushiro). Étant donné ses origines bouddhiques, Myôken a perdu sa place de divinité du sanctuaire désormais strictement shintô. Les habitants n’ont cependant jamais cessé d’utiliser les noms Myôken-gû et Myôken-sama, et continuent aujourd’hui de célébrer son festival.

Le spectacle offert par le festival Myôken-sai est très varié. La veille se tient un défilé où l’on voit Myôken monté sur un cheval blanc sacré, accompagné d’un sanctuaire portatif (mikoshi) abritant la divinité, faire le trajet de 4,5 kilomètres de Myôken-gû vers le sanctuaire de Shioya Hachiman-gû. Le matin du 23 novembre, une procession élégante de 1 700 personnes entament le chemin du retour vers Myôken-gû. Avec ses chars décorés de parasols, ses lions shishi, et son défilé de seigneurs féodaux, cette parade est un réel plaisir pour les yeux.

Ce festival haut en couleur est l’un des 33 festivals de chars inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco en 2016.
Ce festival haut en couleur est l’un des 33 festivals de chars inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco en 2016.

Le kida se manifeste enfin quand la procession se rapproche du lit de la rivière où coule un filet d’eau, tout près du sanctuaire. L’immense créature de quatre mètres de long et plus de 100 kilos se met à courir le long de la berge et se rapproche des gradins tout en tournant en rond. Les spectateurs lui crient des « hoi hoi » d’encouragement.

Après le kida, le clou du festival est l’arrivée de 12 chevaux richement caparaçonnés qu’on fait galoper en main le long du lit de la rivière. Les chevaux et les hommes semblent voler sur l’eau !

Les chevaux et les meneurs sont parfaitement en phase. Les chevaux sont élevés dans la région pour le festival.
Les chevaux et les meneurs sont parfaitement en phase. Les chevaux sont élevés dans la région pour le festival.