Un créateur à plein temps
Jusqu’à la génération des parents de Hashimoto, la fabrication de figurines hariko était une activité secondaire pour les agriculteurs. « Mes parents travaillaient vraiment beaucoup. Lorsqu’ils n’étaient pas dans les champs, ils étaient toujours attelés à la création de hariko. Ce travail leur prenait une grande partie de leur temps, si bien qu’ils n’en avaient plus pour s’occuper de moi. Je n’avais vraiment pas envie de devenir comme eux. »
Hashimoto s’est inscrit à l’université, où il a étudié les beaux-arts. Il est ensuite devenu professeur d’arts plastiques dans un collège. Si son métier le passionnait, il a dû démissionner après six ans pour reprendre le commerce familial, lorsque son père est tombé malade. Après une période d’apprentissage où il s’est familiarisé avec sa nouvelle profession, en 2010, il a pris officiellement les rênes de l’atelier Honke Daikokuya.
La catastrophe de Fukushima : « tomber sept fois, se relever huit »
Si son style de travail est plutôt traditionnel, Hashimoto a toujours été convaincu de la multitude de possibilités de créations des figurines hariko. Le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars 2011 ont agi comme un déclic, l’occasion pour lui d’explorer de nouvelles idées de créations.
Situé à une cinquantaine de kilomètres de la côte, l’atelier de Hashimoto n’a pas été touché par le raz-de-marée. Le sol y est particulièrement dur, si bien que les secousses ou même les dégâts n’y ont été que légers. Mais la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi, dont le réacteur est entré en fusion à plusieurs reprises durant la catastrophe, est également située à une cinquantaine de kilomètres du littoral. Dans les premiers jours qui ont suivi le séisme, Hashimoto craignait de devoir évacuer.
S’il n’a pas eu à le faire, et que la vie n’y a été que peu perturbée, sans panne d’électricité ou d’eau, le désastre a tout de même considérablement bouleversé la vie quotidienne de la population. Hashimoto a dû cesser son activité, tout du moins pendant un temps. Mais loin de se laisser abattre, l’artisan a su rebondir, motivé plus que jamais pour venir en aide aux habitants de la région du Tôhoku (le nord-est du pays). Et son inspiration, il l’a trouvée dans la poupée daruma. Communément associée à l’expression shichiten hakki (七転八起), « tomber sept fois, se relever huit », elle est le symbole de la résilience, synonyme pour lui des efforts de reconstruction de la région.
Après avoir repéré dans son atelier une pièce de bois adaptée, Hashimoto a fabriqué son premier daruma qu’il a nommé « Prière pour la reconstruction ». Contrairement aux formes rondes des traditionnels daruma, les Miharu-daruma ont des lignes plus allongées. ils ont un visage rouge et des yeux au regard perçant. Selon la légende, ils seraient un moyen de prévenir les catastrophes naturelles.
Ainsi, Hashimoto Shôichi a promené son daruma aux quatre coins du Japon, arborant fièrement les caractères 復興 (fukkô) qui signifient « reconstruction », un moyen pour lui de faire la promotion des produits de sa région. Ceux qui le souhaitaient pouvaient laisser un message de soutien sur le daruma, une idée qui a même attiré l’attention des médias.
Collaborations avec une star de foot, un designer de renom ou un grand architecte
Grâce à ses activités de soutien pour la région du Tôhoku, Hashimoto Shôichi a pu rencontrer des personnes qui ne faisaient pas partie du secteur artisanal traditionnel. Et l’une d’entre elles n’était autre que Nakata Hidetoshi, ancien membre de l’équipe de football du Japon. Loin du terrain, il est surtout celui qui a porté à bout de bras le Revalue Nippon Project, pour la promotion et le développement de l’artisanat traditionnel. (Voir notre article : L’étonnante reconversion de Nakata Hidetoshi, ex-star du foootball japonais)
En autres notables collaborations, en juin 2011, Hashimoto Shôichi rejoint l’équipe dirigée par Nigo, qui n’est autre que le fondateur de la marque de vêtements A Bathing Ape et aujourd’hui directeur artistique de la maison Kenzo. Il travaille de même avec le célèbre architecte d’intérieur Katayama Masamichi, pour lequel il crée un ours polaire hariko géant de 2,4 mètres de long. Hashimoto n’avait jamais fabriqué de figurine aussi imposante. Pour lui, le plus difficile a été la reproduction d’une fourrure qui ait une apparence réaliste. Et il y est arrivé ; en effilant les fibres du papier washi pour les faire ressembler à de la vraie fourrure. Cet ours polaire est devenu la création phare du projet.
Dans le cadre du East Japan Project, Hashimoto Shôichi a également collaboré avec Kuma Kengo, architecte du Stade Olympique de Tokyo. Pour ce projet, Hashimoto devait créer un stylo qui représente les deux jouets traditionnels de la préfecture de Fukushima : le okiagari koboshi à tête pointue, qui se relève quoiqu’il arrive, et la vache akabeko rouge, célèbre emblème de la préfecture.
Encore aujourd’hui, le savoir-faire des créations hariko se transmet d’un bout à l’autre du Japon. Seulement, les artisans capables de fabriquer des pièces de bois pour ces figurines se font de plus en plus rares. Hashimoto Shôichi, enfant de la balle qui a grandi en regardant ses parents eux-mêmes créer des hariko, et qui a étudié les beaux-arts, était la personne idéale non seulement pour participer à des projets de soutien pour la région du Tôhoku mais également pour pousser ses activités à un niveau supérieur.

La figurine du tigre et le daruma créés en 2016 par Hashimoto Shôichi sont encore proposés à la vente dans son atelier. Mais l’artisan ne se contente pas de sa propre activité, il apporte également son aide aux entreprises locales. Un exemple parmi d’autres : la création d’emballages hariko pour les sandwiches Cream Box sur lesquels est dessiné à l’extérieur — avec un réalisme surprenant — ce qu’elles contiennent à l’intérieur.






