De simples souvenirs à des articles de mode
À partir des années 1960, changement majeur. Les sukajan font peu à peu leur entrée sur la scène de la mode japonaise, piquant particulièrement la curiosité des jeunes Japonais, eux-mêmes influencés par les tendances vestimentaires américaines. Les blousons ont fini par être été associés à la foule bruyante en partie en raison du film Cochons et cuirassés d’Imamura Shôhei en 1961. Le film, qui se déroule dans la rue Dobuita, met en scène un jeune yakuza portant un sukajan. Plus tard, d’autres groupes de rocks célèbres se sont mis à porter des blousons sukajan, renforçant un peu plus cette image rebelle.
Hitomoto Kazuyoshi explique qu’à cette époque, son magasin Mikasa, qui vendait des souvenirs aux militaires américains, a commencé à cibler principalement les clients japonais. Aujourd’hui, la clientèle du magasin est beaucoup plus éclectique et compte des clients de tous âges et de toutes nationalités. Par ailleurs, explique Yokochi Hiromichi, l’image rebelle associée aux blousons sukajan s’est peu à peu estompée. Les sukajan rencontrent maintenant un grand succès auprès de personnes très différentes, en tant que vêtement à la mode.
Si les sukajan suscitent plus que jamais l’intérêt du public, tous deux craignent cependant que le lien avec la rue Dobuita n’en pâtisse. Typiquement, autrefois sur chaque sukajan, on pouvait lire « Japan » et « Yokosuka », mais de nos jours, une multitude de modèles sont disponibles en ligne, et ne donnent aucune indication sur les origines et l’histoire de ces vêtements. Lorsque les grandes marques de mode ont à leur tour commencé à lancer leurs propres lignes de vêtements, ils ont compris qu’il fallait réagir.
Avec l’aide des autorités municipales, les commerçants locaux multiplient les initiatives pour promouvoir Yokosuka et la rue Dobuita, en tant que lieu qui a vu naître les blousons sukajan. Et leurs efforts ont payé ; de nombreux clients ne troqueraient pour rien au monde leurs vestes authentiques de Yokosuka.
Si Hitomoto Kazuyoshi et Yokochi Hiromichi collectent et exposent des versions rétro des sukajan, ils n’oublient pas pour autant la technologie. Bien au contraire. Les sukajan ont un passé mais il s’agit de leur construire un héritage durable. Ils pensent déjà à des projets ambitieux tels que des vestes uniques qui intègreraient des NFT (jetons non fongibles), des jetons cryptographiques uniques faisant appel à la technologie blockchain. Le « NFT sukajan » allierait ainsi le monde réel et le design virtuel.
Avec l’aide des commerçants locaux tout comme celles des afficionados de ces blousons pas comme les autres, Hitomoto Kazuyoshi et Yokochi Hiromichi ont à cœur de à préserver l’histoire de la rue Dobuita et celle des sukajan pour les transmettre aux générations futures.
Boutique Mikasa
- Adresse : 2-7 Honchô, Yokosuka-shi, Kanagawa-ken
- Heures d’ouverture : 11 h - 18 h
- Accès : à 5 minutes de marche de la gare Shioiri (sur la ligne principale Keikyû), et 15 minutes de marche de la gare de Yokosuka (sur la ligne JR Yokosuka).
(Reportage et texte de Nippon.com. Photos : © Kaiho Ryūhei, sauf mentions contraires.)



