L’écosystème en danger
Étant donné que les hommes n’ont plus d’usage pour le satoyama, le nombre d’insectes et de plantes menacées ne cessent de croître. Cette tendance est manifeste pour le demi-siècle qui vient de s’écouler : cette période a vu la généralisation des combustibles fossiles qui a radicalement transformé notre mode de vie. Cela n’affecte pas seulement les prairies, mais aussi les rizières et les forêts. Même si le réchauffement climatique dû aux gaz à effet de serre et d’autres grandes questions environnementales attirent encore plus l’attention, les politiques qui manquent de perspective à long terme se poursuivent. Citons un exemple, comme celui d’installer des panneaux solaires ou des éoliennes après avoir abattu les forêts qui sont en réalité une ressource naturelle renouvelable…
Le satoyama est aujourd’hui comme un patient en phase terminale, qui a déjà dépassé le stade de l’affaiblissement. On s’en rend compte en étudiant sa faune et sa flore. Mais l’image que l’on s’en fait généralement est trop idyllique. Par exemple, lors de la COP 10 qui a eu lieu à Nagoya en 2010, il a été question d’une Satoyama Initiative, qui chantait le satoyama comme une richesse dont les Japonais pouvaient s’enorgueillir. On embellit souvent cette notion, mais à force de le faire, on oublie de s’intéresser aux problèmes qu’il faut véritablement résoudre.
Des initiatives pour retrouver le satoyama originel
Maintenant que notre manière de vivre a bien changé, il est probablement impossible de réintégrer durablement la nature dans le satoyama, c’est-à-dire de revenir à la situation d’il y a cinquante ans. En revanche, il n’est pas trop tard de recréer avant qu’elles ne disparaissent les technologies de gestion de cet espace et des éléments de sa faune et de sa flore, comment on recréerait un à un les « éléments originels » qui donnent forme au satoyama.
En matière de biodiversité, des initiatives ont été lancées partout au Japon pour protéger les espèces du satoyama menacées d’extinction, et on progresse aujourd’hui vers le développement de technologies environnementales efficaces. Mais là où je voudrais attirer l’attention, c’est sur l’apprentissage des technologies de gestion durable de l’époque où le satoyama avait une fonction. Recréons les « éléments originels » du satoyama. Par exemple, la pratique du brûlage des prairies au début du printemps, le fauchage de l’herbe en été pour en faire du foin, et que l’on recommence en automne. Ces techniques ancestrales sont transmises par des gens qui ont aujourd’hui plus de 70 ans, et elles sont vouées à disparaître si l’on ne conserve pas ce savoir.
Voici donc pourquoi je voudrais transmettre ces pratiques aux jeunes. Les connaissances peuvent se diffuser jusqu’à un certain degré par des livres, mais la technique, elle, doit être passée directement de personne à personne. Comme je le redis, si l’on parvient à transmettre les savoirs populaires des villages, on arrivera encore à recréer les « éléments originels » du satoyama, telles qu’ils existent encore au Japon.
Réagir aux questions environnementales au niveau planétaire, ce n’est pas seulement développer de nouvelles techniques, mais aussi reconsidérer les liens entre l’homme et la nature.
(Texte et photos de Nagahata Yoshiyuki. Photo de titre : le printemps dans le satoyama dans la région du Tôhoku [nord-est] : cerisiers de Sargent et hêtres en fleur)





