L’art de vivre japonais sur des plaques de verre
Quand je prends des photos, je n’utilise pas d’appareils classiques. Je préfère m’équiper d’une large caméra de bois équipée d’un antique objectif en laiton. Je n’utilise pas non plus de pellicule ordinaire. Je préfère fabriquer mes propres négatifs en plaque de verre, et les préparer un à un dans une chambre noire que j’assemble près de l’endroit où je prends mes photographies. C’est un procédé qui prend du temps, mais je suis convaincu qu’il est la meilleure manière de représenter ma vision de la culture japonaise.
Dans les écrits de Hearn, il décrit cette région comme étant « l’âme du Japon ». Encore aujourd’hui, Izumo et Iwami sont des endroits où les gens viennent en pèlerinage pour trouver la paix, ainsi que l’inspiration spirituelle. Durant mes propres voyages, j’ai été impressionné par la façon dont les locaux ont une connexion avec le passé qu’on peut qualifier de tout à fait extraordinaire. En se référant aux évènements qui s’étaient déroulés il y a près de 1 400 ans, un historien de la région m’a dit : « Nous ne pouvons jamais oublier dans nos cœurs l’angoisse d’avoir été envahi par le clan Yamato, ni la nostalgie que nous ressentons pour la vie d’abondance que nous connaissions auparavant. »
« Les souvenirs de nos ancêtres peuvent encore être trouvés dans nos paysages », a-t-il ajouté.
J’ai eu l’idée folle de photographier ces paysages afin de capturer des moments hors du temps sur mes négatifs en plaque de verre. Afin d’accomplir cet objectif, j’ai été aidé par de nombreux locaux qui m’ont guidé vers les endroits spéciaux présentés sur ces photographies. J’ai été surpris de découvrir que de tels lieux avaient continué de survivre 125 années après les écrits de Hearn, qui redoutait pourtant à l’époque leur mort imminente.
J’avais été également présenté aux locaux, considérés comme des « gardiens de l’âme » des pays d’Izumo et d’Iwami : les fermiers, les prêtres bouddhistes, les métallurgistes, et d’autres artisans traditionnels. J’ai rencontré des jeunes personnes, y compris des petits enfants, qui continuaient à faire des représentations passionnées de danse kagura. Ces gens de tous âges s’évertuaient à perpétuer les vieilles traditions. Ce ne sont non pas des entêtés, mais des êtres humains qui vivent chaque jour avec un dévouement sincère pour leur culture. C’est cet amour de leur région qui nourrit leurs vies d’une profonde et fraîche vitalité.
Après avoir rencontré ces « intendants de la terre », et ayant tiré leurs portraits, je me suis senti grandement inspiré par leur art de vivre. Ils sont profondément connectés à la terre, à leur communauté et à leur passé. C’est quelque chose qui m’a beaucoup touché. Ils sont parvenus à créer une façon de vivre alternative, bien différente de celle que nous connaissons dans le monde contemporain où les gens sont hypnotisés par les tendances actuelles et les dernières nouveautés technologiques.
C’est pourquoi j’ai décidé d’appeler cette série d’images « Futur archaïque » (Archaic Future). Je pense que les résidents de ces régions d’Izumo et d’Iwami sont les représentants d’une nouvelle manière de vivre plus sincère et plus durable. En tant que photographe, ils m’ont également appris à écouter la terre et à faire des images évoquant quelque chose de profond et d’ancien. Je pense que cette manière d’être et de faire est d’une importance absolument vitale dans le monde d’aujourd’hui.
(Photo de titre : le pêcheur de palourdes au port du lac Shinji. Toutes les photos © Everett Kennedy Brown.)








