Un système de rang mondial face aux « géants de l’eau »
L’être humain ne peut vivre sans eau. Cependant, et en particulier dans les pays en développement, l’accès à l’eau potable constitue un véritable problème. En raison du manque d’équipements, les fuites et les « vols » d’eau sont monnaie courante. Le système de recouvrement des sommes dues est également insuffisant. Avec le développement économique et l’augmentation de la population, les besoins en adduction d’eau stable et sûre devraient encore croître. Dans ce contexte, le réseau d’adduction d’eau de Tokyo, l’un des meilleurs du monde, doit avoir un rôle à jouer… Le développement à l’international du Bureau des eaux de Tokyo se base sur ce constat ; une Commission d’enquête sur les activités internationales a été établie en 2010. L’objectif est de créer un modèle d’entreprise en association avec le secteur privé, pour se lancer sur le marché mondial.
L’excellence du réseau d’eau de Tokyo est reconnue depuis longtemps. Nous savons aussi que nous disposons d’un large savoir-faire, utile à l’étranger. Mais l’exploitation de ces connaissances se limitait à leur transmission au cours de séminaires techniques pour les étrangers. Il s’agissait là de « coopération internationale », et non pas d’une activité commerciale.
Le marché mondial de l’eau devrait s’établir à 86 000 millliards de yens en 2025, et l’on estime qu’il continuera à croître pour atteindre 100 000 milliards de yens. Mais le Japon, pourtant détenteur de technologies et d’un réseau d’adduction de rang mondial, a pris du retard, et le marché est aujourd’hui dominé par les « géants de l’eau » que sont les Français Veolia et Suez ou le Britannique Thames Water.
Ces entreprises se sont implantées dans le monde entier, y compris en Asie du Sud-Est, sur un modèle rappelant celui de la Compagnie des Indes, investissant dans des équipements d’adduction d’eau de grande envergure, rentabilisés sur cinquante ans. D’ailleurs, elles sont également présentes au Japon. Veolia a remporté pour un montant de 5 milliards de yens le marché d’assainissement de l’eau du lac de Teganuma dans la préfecture de Chiba, au terme d’un appel d’offres qui l’opposait à des entreprises japonaises. Depuis le mois d’avril, Veolia assure également la gestion de plusieurs stations d’épuration de la ville de Matsuyama. Notre initiative internationale est donc également sous-tendue par l’inquiétude face à l’implantation des « géants de l’eau » sur le marché japonais.
Cependant, il faut aussi reconnaître que l’expansion à l’étranger du réseau tokyoïte d’adduction d’eau est confrontée à un certain nombre de défis. Tout d’abord, au niveau législatif, une collectivité locale ne peut pas accepter directement de commandes émanant de l’étranger. C’est donc la société d’économie mixte Tokyo Suidô Service (TSS), détenue à 51% par le gouvernement métropolitain et dans laquelle ont investi Kubota, Kurimoto et 5 établissements financiers, qui assure la gestion des équipements. TSS et, en cas de besoin, ses fililales, seront le bras armé de notre activité à l’international. Le mois d’avril a vu la naissance de Tokyo Waterworks International, filiale de TSS.
Néanmoins, pour une collectivité locale et une société d’économie mixte, il est délicat de prendre des risques. La forme de coopération la plus adaptée est de mettre en avant les acteurs du secteur privé — industriels, maisons de commerce et institutions financières — en les faisant bénéficier du savoir-faire de la collectivité locale. Au Japon, l’adduction d’eau a toujours été gérée par les collectivités locales, et, de ce fait, le secteur privé ne possède pas de savoir-faire dans ce domaine. J’espère que nous pourrons développer cet aspect dans le cadre de la coopération privé-public pour le développement à l’étranger.


