Le « manque de vision » à la racine de l’échec du développement international

Comment se fait-il que le Japon accumule les échecs sur le marché mondial, alors qu’on ne cesse de marteler l’importance de la globalisation ? Je vois à l’origine de ces déboires un problème de vision.

Par exemple, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, face à la menace des puissances occidentales, le panasianisme s’est développé au Japon. L’idée était de promouvoir la modernisation des nations asiatiques qui avaient pris du retard pour tenir tête ensemble aux grandes puissances. Il suffirait que cette vision nous habite encore, ne serait-ce que partiellement, pour éviter des cas de figure comme celui de l’APD dans le secteur de l’eau, évoqué précédemment. Il me semble que le Japon éprouve encore vis-à-vis des nations asiatiques une sorte de culpabilité liée à la guerre, qui le limite à une coopération économique axée sur le « don ».

Ce « manque de vision » se remarque aussi avant-guerre. La sclérose du système éducatif en est un facteur essentiel. Par exemple, dans l’armée de terre impériale, les notes des élèves de l’Académie de l’armée impériale déterminaient leur capacité à intégrer l’Ecole militaire impériale. Ceux qui obtenaient ensuite les meilleurs résultats à l’Ecole militaire impériale faisaient les meilleures carrières, ils étaient promus généraux. C’est ainsi qu’a été formée l’« élite », des gens comme Tôjô Hideki, qui n’ont pas su prendre les bonnes décisions quand la survie du pays s’est trouvée en jeu.

Avant cela, sous l’oligarchie de Meiji, les carrières dépendaient souvent des réseaux de relations, mais des ascensions fulgurantes avaient également lieu. Ce qu’on pourrait appeler « l’égalitarisme à la japonaise », né en réaction au système de cooptation, a étouffé ces possibilités d’ascension pourtant indispensables au dynamisme du système. L’enracinement de cet égalitarisme est largement lié à l’époque, qui est celle d’une longue période de paix. Durant les années sombres précédant la guerre nippo-russe, on avait conscience du fait que si on ne sélectionnait pas les « personnes qui paraissaient les plus aptes », le système risquait de sombrer.