Un appel à l'action

En conclusion, je voudrais souligner trois vérités fondamentales qui indiquent la nécessité d'agir vite et sérieusement pour traiter les problèmes que j'ai décrits.

Tout d'abord, les crises démographiques ont ceci d'effroyable que lorsqu'on en prend conscience, il est trop tard pour y changer grand-chose. Comme nous l'avons vu, les tendances au vieillissement rapide et au dépeuplement prévues pour le Japon pendant les cinquante années à venir doivent être considérées, pour une grande part, comme certaines. Mais parce qu'elles ne peuvent pas être corrigées en cours de route, il est d'autant plus important que nous les visualisions et que nous nous y préparions. Cela passe par l'adoption de mesures qui atténueront l'impact du vieillissement démographique et du dépeuplement en prolongeant la durée de vie en bonne santé des personnes âgées, et en faisant progresser la participation des femmes et des seniors au marché du travail.

Deuxièmement, aucun pays n'a encore vécu la réalité d'une société très âgée. Je recommande l'humilité à ceux qui pensent qu'il ne faut pas voir les choses d'une manière aussi pessimiste, parce qu'il s'agit d'un phénomène que personne n'a encore jamais connu. Personne ne peut prédire l'avenir avec une certitude absolue, mais c'est aussi la raison pour laquelle nous devons agir maintenant pour être prêts au pire. Remettre cela à demain serait nous soustraire à nos responsabilités vis-à-vis des générations futures.

Enfin, souvenons-nous que le reste du monde nous regarde pour voir comment nous allons répondre au défi posé par le vieillissement rapide et le dépeuplement, un phénomène qui n'est assurément pas propre au Japon. La fertilité est tombé en-deçà du taux de renouvellement dans plusieurs pays d'Asie de l'Est et du Sud-Est. La natalité à Taïwan, en Corée du Sud et à Singapour est aujourd'hui plus basse encore qu'au Japon. Et le vieillissement rapide est un problème que le monde industrialisé dans son ensemble devra affronter tôt ou tard. Le Japon, en utilisant ses ressources pour faire face à ce défi d'une manière appropriée et efficace, apportera une contribution précieuse au reste du monde s'il fournit un modèle.

(Texte original en japonais.)

(*1) ^ Etant donné que le Japon est le leader au niveau mondial de la tendance vers un allongement de la vie, il est difficile de prévoir le rythme auquel elle se poursuivra. C'est la raison pour laquelle les Projections démographiques pour le Japon publiées en 2012 donnent les tendances démographique futures en utilisant trois hypothèses de mortalité. Dans l'hypothèse moyenne, le nombre projeté de centenaires en 2060 est de 637 000, dans l'hypothèse haute, de 487 000, et dans l'hypothèse basse, de 821 000.

(*2) ^ Dans l'hypothèse haute de fertilité, le nombre de naissances décline fortement de 1,07 million en 2010 à 850 000 en 2035 et 680 000 en 2060.

(*3) ^ Une manière d'exprimer ce changement est de dire que le Japon est passé d'une société avec un « bonus démographique » (l'avantage économique d'une importante population productive entretenant une population âgée relativement limitée) à une société avec un « malus démographique » (une importante population âgée entretenue par une population productive relativement restreinte). Cette tendance s'accélèrera dans les années à venir.

(*4) ^ Les Projections démographiques par préfecture de mai 2007 sont basées sur les mêmes statistiques et la même méthodologie que les Projections démographiques pour le Japon de décembre 2006 et ne sont pas par conséquent cohérentes avec les Projections démographiques pour le Japon de janvier 2012. J'ai cependant jugé valide de citer ces projections par préfecture de mai 2007, dans la mesure où les Projections démographiques pour le Japon de décembre 2006 et janvier 2012 sont cohérentes en termes de tendances larges. Cela vaut aussi pour les Projections concernant le nombre de ménages de mars 2008 citées ci-après.

(*5) ^ Même à l'intérieur des principales conurbations, il y des variations prononcées d'une communauté à l'autre. Par exemple à Tama New Town (à l'ouest de la métropole de Tokyo), une des villes nouvelles résidentielles construites pendant les années 60, la proportion de gens âgés par rapport à l'ensemble de la population est passée de 4,5 % en 1980 à 15,8 % en 2005, et devrait atteindre 33 % en 2030. Cela reflète le vieillissement de ceux qui se sont installés là en masse quand la ville nouvelle était récente et habitée essentiellement par des familles jeunes.

(*6) ^ Pour une bonne discussion de la relation entre la population et la puissance nationale, voir Jinkō genshō to sōgō kokuryoku - jinteki shigen rikkoku o mezashite (Déclin démographique et puissance nationale globale - vers une nation construite sur le capital humain) sous la direction de Kobayashi Yōtarō et Komine Takao.

(*7) ^ De plus, les décideurs politiques devraient envisager de baisser l'âge requis pour voter à dix-huit ans, au lieu de vingt actuellement et de rechercher la participation des jeunes dans l'élaboration de la politique des retraites et des autres domaines essentiels liés à la répartition des charges financières entre les générations.

(*8) ^ Voir par exemple Charles I. Jones Introduction to Economic Growth, publié par WW Norton & Co., New York, 1997.

(*9) ^ Le mécanisme pour prendre en compte le taux de la baisse du nombre des participants et l'augmentation de leur durée de vie au moment de calculer l'augmentation du coût de la vie dans les prestations — le « glissement macroéconomique » — n'est pas activé dans une situation de déflationniste lorsque la baisse des prix conduirait à une augmentation des prestations. Il pourrait être nécessaire d'effectuer une révision pour permettre d'activer le glissement macroéconomique aussi dans ce cas.

(*10) ^ Pour une discussion en profondeur des questions de politique de sécurité sociale au Japon, voir Shimazaki Kenji, Nihon no iryō —Seido to seisaku (La santé au Japon — Institutions et politiques), University of Tokyo Press, Tokyo 2011.

(*11) ^ Dans le système actuel, le taux de la quote-part est fixé à 30 % pour les personnes âgées de moins de 70 ans, et pour celles qui ont plus de 70 ans, en général à 10 % (30 % pour ceux dont les revenus sont comparables à ceux des personnes encore en activité). Modifier ces taux ne devrait pas être envisagé séparément, mais dans le contexte d'un ajustement intégré de la répartition des charges financières de la sécurité sociale à travers les cotisations du système de santé, les cotisations et les quote-parts dépendance, les prestations retraite, et la taxation des prestations (exemption des retraites publiques etc.)