Stagnation des revenus, polarisation et insécurité de l’emploi
Nous voyons donc que rares sont les hommes jeunes qui bénéficient d’un revenu annuel suffisant pour attirer une femme célibataire. Et c’est là la principale raison de l’augmentation du pourcentage des célibataires au sein de la population. Vu du point de vue des femmes, le nombre des hommes célibataires répondant aux exigences du modèle familial conventionnel, où le mari gagne de l’argent tandis que la femme s’occupe de la maison et élève les enfants, est en recul. Quel que soit leur désir de fonder une famille conventionnelle, les jeunes sont de plus en plus nombreux à s’apercevoir qu’ils ne sont tout simplement pas en mesure de le faire. Cela tient à deux tendances : le déclin relatif du revenu des jeunes hommes à partir de 1974 et la polarisation observée depuis 1997 dans les rangs des jeunes travailleurs. Le premier facteur est une conséquence du premier choc pétrolier, survenu en 1973, et du ralentissement de la croissance qui en a résulté. Quant au second, il a pour origine une évolution de la structure de l’économie qui, depuis la seconde moitié des années 90, s’est traduite par une multiplication des emplois temporaires, notamment chez les jeunes hommes. C’est ainsi qu’un fossé s’est ouvert entre les hommes jeunes ayant un emploi stable au sein du personnel d’une entreprise et ceux qui se font embaucher comme travailleurs temporaires sans aucune garantie. Cette polarisation, à son tour, a renforcé le clivage apparu dans la formation des familles, dans la mesure où un salarié doté d’un emploi fixe peut facilement se marier et fonder une famille conventionnelle avec une épouse qui s’occupe de la maison et des enfants, du simple fait qu’il dispose d’une source régulière de revenu, tandis qu’un salarié temporaire ou tout autre travailleur ne bénéficiant pas d’un revenu stable a de fortes chances de rester célibataire, vu le peu de garantie qu’il présente en termes de revenu. Ce groupe d’hommes occupant des emplois atypiques voit ses rangs gonfler depuis une vingtaine d’années, et c’est-là la cause directe de la diminution des mariages.
La série de chiffres ci-dessous (figure 4 et 5) concerne le pourcentage des salariés réguliers et des chômeurs parmi les célibataires. Le pourcentage des salariés réguliers décline depuis 1992 chez les hommes comme chez les femmes. Et chez les célibataires de sexe masculin le chômage est en hausse. Dans la tranche d’âge des 30-39 ans, un travailleur célibataire sur neuf est aujourd’hui privé d’emploi.

