Se préparer à affronter le pire

Un pays ne se relève pas en un clin d’œil d’une crise d’endettement. Il doit s’attendre à en subir le contrecoup pendant au moins vingt à trente ans. Une crise de la dette publique affaiblirait le Japon et lui ferait perdre sa position au sein de la communauté internationale.

Au début du XXe siècle, l’Argentine était la huitième puissance économique du monde mais depuis, elle a perdu son rang essentiellement pour des raisons d’instabilité budgétaire. Le Japon pourrait subir le même sort s’il continue sur sa lancée actuelle.

Toutefois, comme je l’ai dit plus haut, la hausse des taxes et la réduction des dépenses colossales qui permettraient de redresser les finances publiques risquent fort d’être impossibles à appliquer d’un point de vue strictement politique. Dans ce cas, il faut accepter l’idée que le cours des obligations puisse s’effondrer et l’inflation augmenter. Si le Japon ne peut pas éviter d’en arriver là, il ne doit pas pour autant renoncer à préparer un dispositif d’intervention pour faire face à une situation d’urgence.

Le Japon devrait au moins commencer à envisager dès à présent des solutions, avant que la crise ne se produise. S’il faut procéder à des coupes dans les dépenses liées aux retraites et aux soins médicaux des personnes âgées, mieux vaut prévoir à l’avance leur montant et leur champ d’application. Sinon le gouvernement risque de se retrouver en train de faire des coupes claires dans les prestations en tentant désespérément d’éviter un effondrement total. Dans ce cas, les catégories les plus touchées seront celles qui ont le moins d’influence politique et les citoyens ordinaires pourraient être contraints à plus de sacrifices qu’ils ne devraient. En l’absence d’un plan d’urgence, les personnes les plus vulnérables seront beaucoup plus pénalisées que les autres, comme lors de l’accident nucléaire de Fukushima, en mars 2011, où la plupart des décès enregistrés dans la population évacuée concernaient des citoyens âgés traumatisés par la catastrophe.

Le gouvernement japonais refuse systématiquement de s’exprimer sur ce genre de problèmes en disant qu’ils relèvent de l’hypothèse. Mais refuser d’envisager une crise tout à fait possible revient à fuir ses responsabilités. Ceux qui sont chargés de protéger les moyens de subsistance de la population ont le devoir de se préparer aux situations de crise en prenant connaissance et en discutant de toutes les questions qui se posent.

(D’après un article original en japonais du 2 avril 2014. Photographie du titre : Shizuo Kambayashi/AP Photo/Aflo. Photo prise dans une boutique de matériel électronique. Les panneaux publicitaires font clairement allusion à l’augmentation de la TVA japonaise à partir du 1er avril 2014.)