Une concertation tripartite qui fera date

Je voudrais maintenant aborder un autre aspect des problèmes environnementaux de la Chine, à travers le cas du lac Tai, sur le littoral de la province du Jiangsu. Depuis les années 1990, le bassin du lac Tai souffre d’une sévère pollution, fruit du développement de la province. En 2007, le lac a été victime d’une forte invasion d’algues, qui a généré de sérieux problèmes, dont l’arrêt de l’usage de l’eau par la ville de Wuxi, qui dépend de lui pour son alimentation en eau potable. Le Jingsu rivalise avec les provinces de Shanghai et du Zhejiang en termes de développement économique, et son gouvernement s’était jusque-là signalé par la vigueur de sa politique de protection de l’environnement, notamment en affirmant très tôt que le modèle de société xiaokang (modérément affluente), qui vise à concilier croissance économique et respect de l’environnement, constituait son principe directeur.

Le lac Li est une anse du lac Tai au bord de laquelle est implanté le centre urbain de Wuxi. Il fait l’objet d’un projet de restauration de l’environnement et des parcs ont été créés sur le littoral. Lors de la visite que j’ai effectuée dans la région en novembre 2008, le lac dégageait une odeur tout à fait perceptible, qui avait disparu quand je suis revenu trois ans plus tard. (Photo prise par l’auteur, le 22 décembre 2011)

À partir du milieu des années 1990, le Jiangsu, conformément à son principe directeur, a mis en chantier tout un éventail de mesures environnementales progressistes et expérimentales, dont un dispositif garantissant l’accessibilité des informations — une initiative très inhabituelle en Chine — en interdisant aux entreprises coupables de rétention d’information d’emprunter auprès des banques, et l’introduction d’un projet pilote d’échange de droits de rejet de substances polluantes, qui faisait de la demande chimique en oxygène la norme pour la mesure de l’impact écologique sur les rivières, les lacs, les marais et l’eau de mer.

Ces mesures n’ont pas réglé tous les problèmes, mais l’une d’entre elles est particulièrement intéressante : la tenue d’une table ronde réunissant des représentants des autorités, des membres du monde des affaires et des citoyens ordinaires pour débattre des politiques environnementales à mettre en œuvre dans la région. L’instauration de ce genre de concertation constitue un jalon historique pour la Chine. Cette initiative rappelle la création au Japon de comités axés sur les bassins de la Yodogawa et d’autres rivières. Pour renforcer l’efficacité et la puissance préventive des mesures adoptées par les pouvoirs publics, il est important de donner aux entrepreneurs, aux résidents locaux et aux représentants des ONG l’occasion de prendre une part active à la résolution des problèmes environnementaux. Peut-être les Chinois ont-ils commencé à s’en rendre compte.