Une réforme indispensable des méthodes d’enseignement
Les industriels japonais sont, pour leur part, loin d’être tous du même avis sur le rôle respectif des universités et des entreprises en matière de formation des ressources humaines. Certains ont proposé de classer les établissements universitaires en deux catégories « mondiale » ou « locale », la tâche de la seconde consistant à inculquer les compétences de base en matière d’emploi.
De son côté, la Fédération des organisations économiques japonaises (Keidanren), le syndicat patronal le plus puissant de l’Archipel, s’est exprimée clairement sur ce point dans une déclaration de septembre 2015 intitulée Point de vue sur la réforme des universités d’État :
« Ce que les entreprises recherchent en matière de ressources humaines, ce n’est pas la combativité. Ce qu’elles attendent avant tout de leurs futurs employés, c’est qu’ils soient en bonne forme physique, qu’ils aient le sens de la morale publique, qu’ils aient reçu une solide éducation de base, qu’ils soient capables d’identifier et de résoudre des problèmes, qu’ils puissent communiquer dans des langues étrangères et qu’ils sachent exprimer leurs idées et leurs opinions de façon logique. Après une première formation dans les établissements d’enseignement primaire et secondaire, ils doivent acquérir un savoir spécialisé dispensé par la filière de leur choix dans les premier, deuxième et troisième cycles des universités, tout en veillant à prendre conscience de la diversité culturelle et sociale du monde à travers des expériences multiples et variées, à commencer par des séjours d’études à l’étranger. »
Le MEXT prépare par ailleurs activement une réforme de grande envergure des programmes de l’enseignement secondaire. En août 2015, il a fait une déclaration où il évoquait la nécessité pour les lycées d’avoir recours aux méthodes de « pédagogie active » – qui prônent l’apprentissage par l’expérience ainsi que l’identification et la solution des problèmes – ainsi que des mesures destinées à augmenter le nombre des enseignants et à élever leur niveau. Au mois de septembre, le ministre de l’Éducation a pris une directive qui prévoit un changement radical dans le déroulement des examens d’entrée à l’université, les questions fermées à choix multiples destinées à vérifier les connaissances des candidats devant être remplacées par des questions ouvertes permettant d’évaluer les compétences et la capacité de juger et de communiquer. Au même moment, les membres de l’Association des universités d’État se sont mis d’accord pour augmenter de 30 % le quota des élèves admis sur recommandation de leur lycée et en fonction de leur livret scolaire, plutôt que de leurs seuls résultats au concours d’entrée.
Les facultés de lettres et de sciences humaines doivent elles aussi avoir recours à la pédagogie de projet (PBL) et à l’apprentissage par résolution de problèmes (APP) qui permettent de développer de façon active la capacité à résoudre des problèmes dans la vie réelle. Une réforme des programmes d’enseignement destinée à encourager cette nouvelle orientation est d’ailleurs actuellement à l’étude.
Redorer le blason de la filière des lettres : une nécessité
Mais le problème le plus délicat que vont devoir résoudre le MEXT et les universités après des dizaines d’années de laisser-aller, c’est de trouver des enseignants qualifiés pour enseigner les lettres et les sciences humaines et d’améliorer le taux d’encadrement enseignants/étudiants. Pour y parvenir, il faudra recourir à un financement de l’État et des entreprises privées ainsi qu’à une augmentation des frais de scolarité. Mais jusqu’à présent, les investissements dans ce secteur de l’enseignement supérieur n’ont guère progressé, en grande partie à cause du préjugé tenace qui veut qu’au Japon, le premier cycle de l’université corresponde à une période de « vacances » entre la fin du lycée et leur premier emploi.
Les universités japonaises spécialisées dans les lettres et les sciences humaines ont été vivement critiquées y compris par les entreprises qui les soutiennent financièrement. Les meilleurs élèves des lycées, les enseignants et les chercheurs en sciences sociales les ont dédaignées et sont souvent partis aux États-Unis.
Toutefois aux USA, les frais de scolarité d’un lycée ou d’une université privés de haut niveau sont au moins dix fois plus élevés que ceux des facultés de lettres des universités d’État japonaises. De toute évidence, seuls les étudiants les plus fortunés et les plus doués de l’Archipel sont susceptibles d’avoir accès aux meilleurs établissements universitaires étrangers. C’est pourquoi le Japon doit absolument se doter d’un enseignement supérieur de haut niveau. Et il faut aussi que les medias attirent l’attention du public sur ce problème.
