Le recours à la « stratégie d’entreprise »

Pour convaincre les responsables du budget de l’État et obtenir leur soutien, le MEXT et les universités ne disposent que d’un seul moyen : faire leurs preuves à travers des réformes couronnées de succès. Les leaders politiques et les dirigeants d’entreprises semblent en particulier désireux de les voir s’orienter vers la stratégie d’entreprise. Le MEXT a déjà pris un certain nombre d’initiatives destinées à différencier les universités en termes d’objectifs et de mission – à commencer par le Top Global University Project (Projet pour les meilleures universités globales), et le Program for Promoting the Enhancement of Research Universities (Programme pour la promotion et le développement des centres de recherches universitaires). Il envisage aussi des réformes visant à renforcer le pouvoir des présidents des établissements universitaires.

Mais les universités sont-elles pour autant en mesure d’appliquer la « stratégie de focalisation » prônée par le milieu des affaires ? Peuvent-elles se permettre de sélectionner certains domaines d’études et d’en négliger d’autres ? Et qui financera une telle réforme et de quelle façon ? Le moment est venu de convier tous les acteurs et les parties prenantes à un débat sérieux et approfondi sur le sujet. Les administrateurs des universités et les spécialistes de l’enseignement ne doivent pas attendre que le gouvernement crée une instance susceptible de répondre à ces questions. Il faut qu’ils prennent eux-mêmes l’initiative de s’atteler à ce problème, d’informer le public et d’élever le niveau du débat.

Si un établissement universitaire décide de mettre en œuvre un plan reposant sur une stratégie de focalisation, il sera automatiquement confronté à de graves difficultés. À l’heure actuelle, les universités n’ont pas les moyens de trouver, former, apprécier ou rémunérer par elles-mêmes des spécialistes capables d’appliquer une telle politique. Avant de s’engager dans cette direction, il faut s’interroger sur la nature même de l’administration universitaire et se demander entre autres en quoi elle ressemble et diffère de la gestion d’entreprise et de l’administration publique.

À l’heure actuelle, l’enseignement supérieur japonais est dans une situation qui rappelle à bien des égards celle des États-Unis dans les années 1980. À l’époque, les universités américaines ont été contraintes d’adopter un nouveau type d’administration en raison des coupes drastiques effectuées dans le budget fédéral. C’est alors que la gestion de l’éducation est devenue une profession à part entière. Le moment est venu pour le Japon de mettre au point et d’appliquer un nouveau modèle de gestion universitaire. Il peut certes s’inspirer à plusieurs titres de ce qui s’est passé aux États-Unis, mais la théorie de la « dépendance au chemin emprunté » (autrement dit le poids de l’habitude) montre que ce n’est pas toujours nécessaire. Le Japon doit appliquer les méthodes qui s’imposent face au défi auquel il est confronté. Il va devoir traverser une période difficile de transition qui aboutira à la naissance d’un nouveau système.

(D’après un texte original en japonais du 18 janvier 2016. Photo de titre : en mars 2015, 3160 jeunes diplômés ont assisté à la cérémonie de remise des diplômes qui s’est tenue au campus de Hongô de l’Université de Tokyo. Jiji Press)