La version japonaise du principe « à travail égal, salaire égal »
Le système proposé par le gouvernement japonais pour appliquer le principe « à travail égal, salaire égal » s’inspire des mécanismes en usage en Europe, tout comme les mesures concernant la réduction du temps de travail. Mais les conditions de sa mise en place ne sont pas du tout les mêmes. Au Japon, les critères utilisés pour fixer le montant des salaires des emplois permanents et précaires sont complètement différents, si bien qu’il est impossible d’appliquer la règle « à travail égal, salaire égal » sans modifier au préalable le système en place en profondeur (voir article Les problèmes spécifiques du système de l’emploi japonais).
Pour faire face à ce problème, le plan de réforme du gouvernement demande aux entreprises d’appliquer le principe « à travail égal, salaire égal » uniquement aux indemnités et aux bonus, en laissant les salaires de base en l’état. Il exige des patrons qu’ils assument la responsabilité d’expliquer à leurs employés les inégalités entre travailleurs réguliers et non-réguliers, tout en suggérant qu’ils ne seront pas contraints de faire des changements aussi longtemps qu’ils pourront justifier le système en place. Les modifications de la règlementation du travail envisagées par le gouvernement devraient améliorer la situation des employés non-réguliers, mais elles appliqueront le principe du salaire égal « à la japonaise », à cause des limites imposées par la structure du marché du travail de l’Archipel.
En Europe, le mouvement en faveur de l’égalité de salaire pour un même travail est lié à la notion de respect de la diversité. Né d’une volonté de mettre un terme aux différences de salaire entre les hommes et les femmes, il a fini par englober les inégalités de rémunération fondées sur l’âge et la race. Son objectif majeur est l’adoption d’une série de règles qui aboutissent à l’avènement d’une société où chacun pourra donner le meilleur de lui-même, quelles que soient ses conditions de vie ou ses caractéristiques. Ce projet de société est particulièrement adapté au monde de l’emploi du Japon, dans la mesure où le gouvernement de notre pays est en train d’essayer de développer les perspectives d’emploi pour les femmes et les seniors et d’accueillir davantage de travailleurs non-Japonais. C’est pourquoi nous devons poursuivre le débat sur le principe « à travail égal, salaire égal » et créer l’environnement et les mécanismes qui lui permettront de devenir réalité.
Un dialogue concret entre le gouvernement, le patronat et les syndicats
Le gouvernement japonais affirme que le plan qu’il a proposé récemment n’est qu’un début en matière de réforme du travail, et c’est tout à fait vrai. Pour mener à bien ces changements profonds, il va falloir faire beaucoup plus qu’adopter une nouvelle législation du travail. Nous devons œuvrer en faveur du développement d’une perception commune des problèmes de l’emploi et de leurs solutions depuis le sommet de la hiérarchie jusqu’au bas de l’échelle et aux emplois les plus modestes. Pour ce faire, il faudra réunir à nouveau les représentants du gouvernement, du patronat et des syndicats qui ont approuvé le plan de réforme du 28 mars et reprendre les débats sur les détails de son application, à commencer par la création de mécanismes pour réformer les systèmes de développement des ressources humaines et d’ajustement de la main-d’œuvre.
Si le Japon est résolu à encourager le travail des femmes et des seniors pour pallier le manque de main-d’œuvre provoqué par le déclin de sa population, il ne va pas pouvoir se contenter de réduire la longueur des journées de travail. Le système fiscal, et ceux des retraites et de l’assurance sociale doivent eux aussi être réformés. Depuis une vingtaine d’années, ils font l’objet de discussions qui ont bien progressé et sont en train de montrer la direction à suivre. Pour ma part, je considère que toutes ces réformes pourront continuer à aller de l’avant si le gouvernement réussit à garder une politique de cohésion sur tous les fronts et à obtenir un consensus transversal.
(D’après un article en japonais du 17 avril 2017. Photo de titre : le Premier ministre Abe Shinzô écoute une intervenante, lors d’une réunion d’échanges de points de vue sur la réforme du travail organisée le 6 décembre 2016 à Tokyo, à la résidence du Premier ministre. Jiji Press)
